Cette semaine, Acumen a arpenté les allées du Grand Palais. Nous en revenons avec dix artistes dont les œuvres ont retenu notre regard plus longtemps que les autres.


AI WEIWEI
Ai Weiwei ouvre la sélection, chez Galleria Continua. L’artiste chinois reprend en briques de jouet Thérèse rêvant de Balthus : la jeune fille aux bras levés, le chat qui lape au pied du tabouret, tout est réassemblé pixel par pixel. Dans un coin, une Joconde est accrochée au mur. Sur la table, un vase frappé du logo Coca-Cola rappelle ses propres détournements d’urnes anciennes. L’histoire de l’art passe ainsi au crible du jouet et de la culture pop.
Chez Mariane Ibrahim, Salah Elmur peint une scène suspendue. Une femme en tailleur crème et un garçon en costume bleu tendent chacun un miroir à main, qui renvoie un visage à la manière d’un masque. Entre eux se tient un chien. Les corps ont des articulations de pantin, posés sur un carrelage en damier devant un mur de couleurs découpées comme un vitrail.
Les foules grises occupent une place à part dans cette sélection. Chez Edward Dwurnik, dans Kochanek (1987), des hommes en manteaux sombres se pressent autour de deux visages tournés l’un vers l’autre, peints d’une touche épaisse et nerveuse. Tomasz Kowalski, autre peintre polonais, dissout la foule en une rangée de têtes noires au premier plan, d’où émergent quelques visages pâles.


Raphaël Barontini
Akram Zaatari part d’une photographie en noir et blanc d’une rue de Beyrouth : voitures garées, balcons ouvragés, enseignes. Il la recouvre de rectangles de couleur translucides, rouges, jaunes, orangés, qui découpent l’image comme autant de filtres posés sur la mémoire.
Suleman Khilji peint un diptyque aux bleus délavés et aux coulures orangées. Deux silhouettes s’y tiennent, l’une debout, l’autre accroupie, devant une assemblée de têtes à peine esquissées. La peinture semble hésiter entre apparition et effacement.
Takako Yamaguchi resserre le cadre sur une jupe plissée bleu nuit à fines rayures, ceinturée de daim noir et d’une boucle en croissant. Chaque pli, chaque ligne est rendu avec une précision qui finit par faire vaciller le regard entre l’étoffe et le motif pur.

Raphaël Barontini, artiste français, couronne son modèle d’un motif géométrique jaune pâle et d’une résille végétale noire. Un collier d’or orné d’un masque et une veste bleue semée de petits masques rouges complètent le portrait, posé sur un ciel qui passe du bleu à l’orangé, un palmier en filigrane.
Aaron Gilbert, peintre américain, fige une scène de rue sur le pas d’une porte. Une femme au téléphone se tient devant le numéro 62 et fixe le spectateur, tandis qu’à ses pieds un homme accroupi soulève le paillasson. Rien ne se passe, et pourtant tout semble en suspens.
Enfin, Omar Ba, artiste sénégalais, fait vibrer ses personnages de verts acides et de jaunes coulants. Les visages sont piquetés de points, des lignes de pointillés blancs traversent la toile, des fleurs roses affleurent sur les bords.
Dix regards, dix façons de raconter le monde, de l’intime au politique.
Art Basel Paris 2026
Grand Palais, Paris


Edward Dwurnik



Takako Yamaguchi








