
C’est l’un des grands maîtres du cinéma coréen contemporain. Retour sur l’itinéraire du président du jury du Festival de Cannes, passé plus d’une fois par la Croisette : Park Chan-wook.

En 2004, le Coréen Park Chan-wook fait ses premiers pas au Festival de Cannes, en compétition. Le cinéaste de 41 ans y présente alors son cinquième long métrage, adapté d’un roman graphique japonais et très inspiré du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas : Old Boy. Cette histoire étrange et paranoïaque d’un homme soudainement enlevé et enfermé pendant quinze ans est alors l’un des grands succès de la sélection. Si le jury présidé par Quentin Tarantino privilégie le politique Fahrenheit 9/11 de Michael Moore pour sa Palme d’or, le réalisateur coréen repart avec la « médaille d’argent » : le Grand Prix. Plus grand succès du cinéaste à l’international, rapidement considéré comme un film « culte », Old Boy est aussi l’objet en 2013 d’un remake américain par un autre habitué du Festival, Spike Lee.

Si Park Chan-wook est déjà très connu lorsqu’il arrive à Cannes en 2004, il aura pourtant fallu quelques années pour qu’il impose sa marque. Cinéphile, grand admirateur d’Alfred Hitchcock, tour à tour critique de cinéma et assistant pour des réalisateurs à succès qui sont à peine plus âgés que lui (Kwak Jae-yong, notamment), il tourne deux films entre 29 et 34 ans : The Moon Is… the Sun’s Dream (1992) et Saminjo (1997). Deux longs métrages qui ne rencontrent ni succès critique ni réussite commerciale, si bien qu’il ira jusqu’à les renier de sa filmographie. Il doit alors se réinventer pour prendre un nouveau départ. C’est par le court métrage que Park Chan-wook renaît en tant que cinéaste. Profondément marqué par la tragédie nationale du grand magasin Sampoong – un immeuble de Séoul qui s’effondre accidentellement, faisant plus de 500 morts en 1995 –, il signe en 1999 le moyen métrage Judgement, dont le récit s’inspire de la catastrophe qui a marqué la société coréenne. Sélectionné dans des festivals à l’international, et notamment à Clermont-Ferrand, le film place Park Chan-wook sur la carte des réalisateurs à suivre pour tous les talent scouts de la profession. Une réputation qui lui permet de bénéficier d’un budget très confortable pour son nouveau long métrage, Joint Security Area (2000), thriller jouant allègrement du flash-back, qui se déroule dans la fameuse zone démilitarisée séparant les deux Corée. Important succès en Corée du Sud, le film bénéficie d’une exposition confidentielle mais remarquée dans de petits festivals internationaux, comme à Deauville et à Seattle. Le nom « Park Chan-wook » fait alors son apparition dans les revues cinéphiles. De quoi offrir à son film suivant, le néo-noir Sympathy for Mr. Vengeance (2002), une sortie en France et aux États-Unis.

La « Trilogie de la vengeance »
Suivront donc Old Boy et la consécration cannoise. Depuis, chaque film de Park Chan-wook est un événement. Lady Vengeance, dernier volet d’une trilogie entamée avec Sympathy for Mr. Vengeance et poursuivie par Old Boy, obtient plusieurs récompenses à la Mostra de Venise en 2005. Son film suivant, Je suis un cyborg, est récompensé en 2007 à la Berlinale. En 2009, le réalisateur est de retour en compétition à Cannes, et obtient le Prix du jury pour Thirst, ceci est mon sang, film de vampires inspiré de Thérèse Raquin d’Émile Zola. Une tournée des grands festivals internationaux qui intéresse forcément Hollywood, dont les studios ont déjà acheté les droits de remake de plusieurs de ses films. En 2012, il tourne pour la Fox Stoker, thriller familial avec Mia Wasikowska et Nicole Kidman, produit par les frères Ridley et Tony Scott et très inspiré d’Hitchcock : un retour aux sources de sa cinéphilie pour son premier film en langue anglaise. L’année 2013 est définitivement américaine pour le Coréen, puisque Park Chan-wook produit aussi à ce moment-là Snowpiercer, le premier film dans la langue de Shakespeare de son compatriote – et autre grand ami du Festival de Cannes – Bong Joon-ho.
Depuis, Park Chan-wook est revenu plusieurs fois sur la Croisette. En 2016, il présente Mademoiselle, adaptation en Corée d’un roman britannique oscillant entre thriller psychologique et érotisme. En 2017, il est membre du jury présidé par Pedro Almodóvar (qui récompensera The Square de Ruben Östlund), et en 2022, il obtient le Prix de la mise en scène avec le polar romantique Decision To Leave. Son dernier film, Aucun autre choix, adaptation du roman américain Le Couperet, déjà porté à l’écran par Costa-Gavras, a été présenté à Venise en septembre dernier. À 62 ans, le cinéaste est passé maître dans l’art délicat qui consiste à conjuguer films ambitieux et style affirmé, rencontrant autant le succès au box-office que la passion des cinéphiles. Un profil idéal pour la présidence du jury du Festival de Cannes.









