Avec plus de 60 longs métrages en quinze jours – sans compter les compétitions parallèles –, la sélection officielle du Festival de Cannes est, cette année encore, particulièrement riche. Zoom sur cinq films (et quelques autres) singulièrement intrigants.

Fatherland de Pawel Pawlikowski – en compétition
Huit ans après Cold War, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2018, et onze ans après l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour le sublime Ida, le Polonais spécialiste du noir et blanc est enfin de retour avec Fatherland. Initialement intitulé 1949 et porté notamment par Sandra Hüller (La Zone d’intérêt), cet étonnant biopic suit un Thomas Mann vieillissant (interprété par le grand acteur allemand Hanns Zischler) et sa fille dans un road movie à travers l’Allemagne, qu’il retrouve après l’exil de la guerre dans une période complexe, celle des divisions de la guerre froide. Un grand film historique, assurément, qui continue l’entreprise du cinéaste : sonder l’âme troublée de l’histoire européenne du XXe siècle.

Vol de nuit pour Los Angeles de John Travolta – Cannes Première
En 1994, John Travolta éblouissait le Festival de Cannes dans le film Palme d’Or de Quentin Tarantino, Pulp Fiction. Trente-deux ans plus tard, la star de Grease et de La Fièvre du samedi soir signe son premier film en tant que réalisateur : passionné d’aviation et pilote lui-même, John Travolta adapte pour l’occasion son roman, Propeller One-Way Night Coach, publié en 1997. Un court récit d’après ses propres souvenirs d’enfance, où l’on retrouve notamment, dans le rôle d’une hôtesse de l’air, sa fille, Ella Bleue Travolta. À découvrir en avant-première en salle Debussy, avant une sortie sur Apple TV le 29 mai.

Her Private Hell de Nicolas Winding Refn – hors compétition
Une métropole futuriste. Une jeune femme à la recherche de son père. Un GI américain. Le tout sur une musique de Pino Donaggio, grand collaborateur de Brian De Palma, pour un tournage à Tokyo et Copenhague avec les stars montantes Sophie Thatcher (Yellowjackets) et Charles Melton (Riverdale). Aucun doute, le nouveau film du plus international des réalisateurs danois a de quoi intriguer. Le long métrage marque aussi le retour au cinéma du réalisateur cinéphile, dix ans après The Neon Demon (en compétition à Cannes en 2016).

Teenage Sex And Death At Camp Miasma de Jane Schoenbrun – Un Certain Regard
Réalisateur trans non-binaire, Jane Schoenbrun est l’un des cinéastes les plus en vue du jeune cinéma indépendant américain, découvert à Sundance avec We’re All Going to the World’s Fair en2021. Inédit en France, son film d’horreur I Saw the TV Glow, avec Justice Smith et distribué par A24, a été un phénomène chez les cinéphiles américains en 2024. La présentation en ouverture d’Un certain regard de ce nouveau film au titre étonnant est donc un événement en soi. Une histoire d’obsession, de film d’horreur et de cinéma, avec l’héroïne de la série Hacks, Hannah Einbinder, et la géniale Gillian Anderson (X-Files).

Gentle Monster de Marie Kreutzer – en compétition
Tout va bien pour Lucy (Léa Seydoux) et Philip (l’Autrichien Laurence Rupp). Un enfant, une nouvelle maison, le bonheur conjugal. Mais un jour, la police arrive et saisit les ordinateurs de Philip. Lucy est sous le choc : que cache son mari ? Après Corsage, chronique de la mélancolie de l’impératrice Sissi, changement de registre pour Marie Kreutzer avec ce thriller psychologique contemporain, au casting duquel on retrouve aussi Catherine Deneuve.

Mais aussi : Notre salut d’Emmanuel Marre : après le très réussi Rien à foutre (coréalisé avec Julie Lecoustre), Emmanuel Marre raconte l’histoire de son aïeul Henri Marre (joué par Swann Arlaud) dans la France de Vichy. Fjord de Cristian Mungiu : l’un des plus grands cinéastes roumains arrive en Norvège pour une histoire d’immigration portée par les stars Renate Reinsve et Sebastian Stan (pour son premier rôle dans sa langue natale), incarnant un couple norvégo-roumain. Moulin de LászlóNemes : onze ans après le choc du Fils de Saul, le Hongrois francophile entreprend un biopic du héros de la Résistance lyonnaise Jean Moulin, avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre, et l’immense Lars Eidinger en Klaus Barbie. The Man I Love d’Ira Sachs : l’amour au temps du sida, dans le New York des années 1980. Avec Rami Malek et Rebecca Hall, pour le retour en compétition du discret Ira Sachs, sept ans après Frankie. Minotaure d’Andreï Zviaguintsev. Premier film réalisé en exil pour le cinéaste russe, qui vit aujourd’hui en France. Le destin d’un chef d’entreprise et de sa femme, confrontés à des problèmes professionnels dans un contexte de forte instabilité. Histoires Parallèles d’Asghar Farhadi. Sujet difficile pour le nouveau film hors Iran du réalisateur d’Une séparation : les attentats du Bataclan. Comme toujours, le cinéaste est accompagné d’un casting cinq étoiles : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney, Catherine Deneuve, Vincent Cassel… Hope de Na Hong-jin : les cinéphiles amateurs de cinéma coréen dans les années 2000 avaient deux films culte : Old Boy de Park Chan-wook (2003) et The Chaser de Na Hong-jin (2008). Ils seront heureux de voir les deux compatriotes réunis dans cette édition du Festival. Reste à savoir ce que pensera le président du jury de cette histoire d’extraterrestre se déroulant dans un lieu qu’il connaît bien : la zone démilitarisée séparant les deux Corées. Full Phil de Quentin Dupieux : Woody Harrelson, Kristen Stewart, Emma Mackey, Charlotte Le Bon mais aussi le génial Eric Wareheim à Paris dans un nouveau délire dont seul Quentin Dupieux est capable. Soudain de Ryusuke Hamaguchi : le réalisateur de Drive My Car est de retour en compétition avec un film français à moitié en japonais, dans lequel une directrice de maison de retraite (Virginie Efira) rencontre une jeune dramaturge atteinte d’un cancer en phase terminale (l’actrice et mannequin Tao Okamoto). L’Inconnue d’Arthur Harari : un homme se réveille dans le corps d’une femme. Freaky Friday revu par Arthur Harari (Onoda), d’après sa bande dessiné Le Cas David Zimmerman, avec Niels Schneider et à nouveau Léa Seydoux – qui est décidément partout dans cette sélection cannoise. Garance de Jeanne Herry : huit ans dans la vie d’une actrice alcoolique, interprétée par Adèle Exarchopoulos. Et encore : une autofiction de Pedro Almodóvar , une libre adaptation de Garcia Lorca (La bola negra), le deuxième film de Charline Bourgeois-Tacquet (Les amours d’Anaïs), la Première Guerre mondiale chez Lukas Dhont, les nouveaux films des Japonais Kore-eda, Koji Fukada et Kiyoshi Kurosawa, le retour de Volker Schlöndorff, Hafsia Herzi, Bastien Bouillon et même Monica Bellucci chez Léa Mysius, Javier Bardem en réalisateur de films pour Rodrigo Sorogoyen, le nouveau film d’animation de Louis Clichy (Astérix : Le Domaine des dieux), le premier volet du blockbuster français La Bataille de Gaulle… Et bien sûr, beaucoup de découvertes.









