MAMADOU SIDIBÉ RECONVERSION RÉUSSIE

Après des années à courir après un contrat professionnel, c’est dans une série Canal+, Un prophète, que Mamadou Sidibé a débarqué. La tête sur les épaules, le jeune homme nous retrouve dans notre studio pour notre séance photo. 

François Berthier : Comment le football t’a-t-il accompagné jusqu’à cette reconversion ?

Mamadou Sidibé : J’ai commencé à 4 ans, et j’ai joué jusqu’à 23 ans. Le foot, c’était ma vie entière. Mon dernier club était en National 3, du côté d’Orléans, mais le coach ne me faisait pas vraiment confiance. J’étais capitaine de la réserve – pas vraiment l’endroit où tu t’épanouis. En même temps, mon agent, qui est aussi mon cousin, travaillait avec des clubs européens. Si je réalisais une grande saison, il pouvait m’ouvrir des portes. À 23 ans, c’est un peu tard pour percer en Ligue 1, mais signer quelque part en Europe pour 2 000 ou 3 000 euros par mois, ça reste une belle vie de footballeur professionnel.

Et c’est là que le casting entre en jeu ?

Entre les deux saisons, j’étais sans club, je travaillais chez Mango. J’ai vu passer une annonce pour la série Un Prophète sur Canal+. Par curiosité, j’ai postulé. Ce qui devait durer quelques semaines s’est transformé en quatre mois de castings – un rappel par mois, à chaque fois sans savoir si c’était terminé ou non. Quand on m’a enfin appelé pour me dire que le rôle était pour moi, j’avais si longtemps attendu que je n’ai presque pas réagi. Je me suis dit : « Ah, ok. » Je ne réalisais pas encore vraiment. J’allais au travail et dans ma tête je me disais : « Dans quelques mois, je vais tourner une série. » C’était un peu irréel.

Comment s’est passée ta rencontre avec le milieu du cinéma ?

J’ai tout appris sur le tas. Je ne connaissais rien : ni la technique, ni les codes du plateau, ni même combien de monde il fallait pour tourner une scène. Et puis le décor lui-même était un personnage. La prison avait été entièrement construite dans une université, avec les mêmes matériaux que ceux utilisés pour les vraies cellules. Deux mois à travailler six jours sur sept dans cet environnement sombre et étouffant, en pleine chaleur… L’ambiance était là dès que tu franchissais les portes du plateau.

Il y a eu un moment qui t’a particulièrement marqué ?

Le jour où j’ai croisé Sami Bouajila dans les couloirs de la prod. Je venais juste d’être pris, et lui, je l’avais regardé dans Braqueurs pendant que je passais les castings. Dans ma tête, c’était le méchant, le dur. Et là il arrive, il me sort un grand sourire, il est d’une gentillesse incroyable. C’est devenu un vrai mentor pour moi, aussi bien sur le plateau que dans la vie. Il m’a logé dans le même hôtel que lui pendant le tournage en Italie – parce que la prod avait voulu m’isoler dans un appartement perdu dans les Pouilles, sans voiture, sans rien. C’est lui qui a fait en sorte que je rejoigne le reste de l’équipe.

Depuis la diffusion, la machine s’est emballée. Comment tu décris cette période ?

Les messages que je reçois sont beaux, sincères. Des gens que je ne connais pas qui prennent le temps d’écrire pour dire qu’ils ont aimé. Professionnellement, j’enchaîne les projets : la série Privilèges sur HBO, un film sur les Ultras du foot, un autre sur le street football, et le film de Judith Godrèche aussi, où je joue un moniteur de colo. Et je continue à travailler avec ma coach Karine Nuris, celle que j’avais rencontrée pendant le casting du Prophète. Je ne veux pas m’arrêter d’apprendre.

Des modèles dans le métier ?

Eddie Murphy, Mohamed Ali, Sidney Poitier… des gens de milieux différents, mais qui dégagent tous la même chose : une présence, une prestance, quelque chose qui vient de l’intérieur. Les vieux films de jazz aussi, cette façon d’être là sans en faire trop. Moi je suis un peu à l’ancienne sur ce point-là.

Être au jury de Canneseries, ça représente quoi pour quelqu’un qui débute ?

C’est une reconnaissance que je n’attendais pas si tôt. Cannes, pour un acteur, c’est l’endroit où on montre son travail, où le milieu te regarde autrement. Faire partie du jury, c’est une belle considération qui donne encore plus envie de continuer à bien faire les choses. Monter les marches un jour ? Je ne me ferme à rien. Mais ce qui vient viendra si ça doit venir. Si j’avais juste un rêve, faire un biopic, ça me fascinerait. Quand le personnage existe vraiment, tu ne peux pas tricher.

PHOTOGRAPHE:DA : FRANÇOIS BERTHIER
CO DA FLORA DI CARLO
MAKE UP/HAIR : ELVIRE THUOT

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