
Il a grandi avec les bandes originales de Ghost Dog et des frères Coen, puis on a voulu en faire le Justin Bieber du cinéma français. Il a dit non. En attendant son Tarantino, il compose sa BO – un album autobiographique né d’un deuil, transformé en voyage sur une île imaginaire. Entretien avec un artiste qui a toujours mis la vie avant le confort, et le silence de Corse avant le bruit de Paris.


Quel lien tu fais entre la musique et le cinéma ?
La musique et le cinéma, pour moi, c’est avec ça que j’ai grandi. Tous les grands films qui m’ont marqué depuis mon enfance ont une score, une BO marquante. Ghost Dog avec la BO de RZA, Dead Man avec Neil Young, The Big Lebowski des frères Coen avec toute une BO de classiques…
Ce sont ces films-là qui t’ont donné envie de faire de la musique ?
Ouais, je pense que c’est aussi une passion pour les arts depuis très jeune. À la base, je voulais être dessinateur. Je dessinais beaucoup, j’étais passionné de BD – Corto Maltese, Lanfeust, Garfield, Calvin et Hobbes. Et à 12 ans, un pote m’a mis une guitare dans les mains. En même temps, j’étais à fond dans la poésie. J’ai toujours pensé artistique. J’ai grandi dans le 13ᵉ arrondissement, place d’Italie. Il y avait Le Grand Écran, et j’avais cinq cinémas en bas de chez moi. J’allais tout le temps au cinéma. C’était une époque où les scores étaient dingues. J’ai vécu là-bas de 1990 à 2005.
Comment tu te retrouves à faire des castings ?
C’était même pas un casting, c’était une petite annonce dans un magazine : « Cherche musicien pour un film. » Je cherchais un petit boulot pour me faire de l’argent de poche. J’avais déjà un groupe à l’époque,Kaponz & Spinoza, dans la mouvance des « BB Brunes ». Ils m’ont appelé, on m’a proposé un premier rôle, et ça a complètement changé ma vie du jour au lendemain.
Ce film a fait combien d’entrées ?
À la sortie, 4 millions. Mais surtout, ça s’est transmis de génération en génération. Des gamins de 11 ou 15 ans me reconnaissent encore aujourd’hui. C’est un film qui est entré dans le patrimoine.
Pourquoi t’as fait le 2 ?
C’est une apparition. C’est Christa qui n’a pas voulu faire le 2 – c’est sa vie, je ne veux pas parler pour elle. Moi, ce n’est pas du tout mon délire, pas du tout ma culture. Mais avec le temps, j’ai compris que c’était une grande chance. Des Ukrainiens, des Brésiliens, des Marocains… des gens de partout m’ont dit que ce rôle les avait aidés à s’assumer, parce que je transpirais une énergie libre. C’est un cadeau de la vie. Mais maintenant j’ai raccroché les gants. LOL. C’est un rôle que j’ai fait, j’avais 17 ans, j’en ai 35. Je ne vais pas en parler toute ma vie.


Tu essaies de faire ça aussi avec la musique ?
La musique, je fais que ça. Envoyer du love, envoyer de la lumière. L’album actuel, je l’ai conçu en deux parties ; la deuxième sort l’année prochaine. C’est un album qui raconte la perte d’un être cher : la rencontre et le décès de cette personne dans un accident de voiture. C’est autobiographique, mais je l’ai transformé en voyage sur une île imaginaire où je me perds et me retrouve. C’est l’histoire d’un homme qui affronte son destin.
Est-ce qu’il faut souffrir pour écrire ?
Je pense qu’il faut vivre. La vie, c’est des souffrances et des bonheurs, c’est normal. Moi, j’ai toujours favorisé le voyage, la rencontre, la vie plutôt que le confort. J’ai du mal à travailler à Paris. Trop de bruit, trop de distractions. Ma mère habite à Calvi, moi j’habite à Patrimoniu, près de Bastia. J’ai besoin de silence, d’espace, de nature. J’ai trouvé des musiciens de ouf en Corse – des passionnés de son, de super musiciens. Je les ai embarqués sur ce projet qui n’avait rien de traditionnel, et ils ont adoré. Sur scène, je n’ai que des gens de là-bas.
Toi, ce que tu veux, c’est la musique ?
Ce qui me bloque au cinéma, c’est que je ne trouve pas de rôles qui me plaisent vraiment. Mais j’ai bon espoir. Si je réussis à faire encore deux ou trois films dans toute ma vie où les gens disent « Putain, le rôle, il déboîte ! », je préfère ça à 15 films de merde. Je ne suis pas juste un acteur, je suis un artiste. Ce qui fait que j’ai un univers. Comme disait Gabin, il faut juste une bonne chaise, être patient et te tenir droit. À un moment, ça va tomber. T’attends ton Tarantino. Je sais que ça va tomber. Je suis rentré tellement jeune dans ce milieu. À 17 ans, tout le monde voulait me faire tourner dans tout. On voulait me formater en sorte de Justin Bieber. Jamais de la vie. J’ai pris le pari d’être dans mes bottes et d’écrire mon histoire sur le long terme. Pour moi, être artiste, c’est un voyage qui s’écrit sur une vie.


PHOTOGRAPHE:DA : FRANÇOIS BERTHIER
CO DA FLORA DI CARLO
MAKE UP/HAIR : ESTELLE VANDEVELDE








