
Si vous avez fait le choix avisé d’attendre que la foule estivale se retire pour mettre le cap vers le Sud, septembre vous offre la plus belle des récompenses. C’est le moment où la Côte d’Azur retrouve sa lumière dorée, sa douceur de vivre et un rythme plus apaisé. Loin de l’agitation du littoral, l’arrière-pays invite à découvrir une autre facette de la région, à travers son patrimoine artisanal et artistique.
Direction Biot et Vallauris, deux villes voisines qui ont chacune forgé une identité autour d’un savoir-faire devenu emblématique : le verre à Biot, la céramique à Vallauris. Ateliers historiques, grands artistes, artisans et créateurs contemporains y racontent ici une histoire toujours vivante, où les gestes se transmettent, se réinventent et dialoguent avec la création actuelle. Une escapade entre verre et terre, à la rencontre de deux patrimoines singuliers et de celles et ceux qui, aujourd’hui encore, continuent à les faire vivre.
Vallauris, la terre en héritage
À Vallauris, la céramique raconte plusieurs siècles d’histoire. Grâce à une terre locale particulièrement résistante à la chaleur, la ville s’est d’abord spécialisée dans la poterie culinaire avant que la famille Massier, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ne fasse évoluer cette tradition vers une véritable céramique artistique.
Après la Seconde Guerre mondiale, Vallauris connaît un nouvel âge d’or. Suzanne Ramié, Roger Capron, Jean Derval, Robert Picault, Gilbert Valentin ou encore Gilbert Portanier participent à cette extraordinaire effervescence créative. L’arrivée de Picasso donnera à la cité des potiers un rayonnement international.
Picasso, de Madoura à La Guerre et la Paix
Picasso découvre Vallauris en 1946 et rencontre Suzanne et Georges Ramié, fondateurs de l’atelier Madoura. Avec eux et les artisans de l’atelier, il découvre un nouveau terrain d’expérimentation : il peint, grave, modèle et manie les formes avec une grande liberté. Fasciné par le travail de la terre, il s’installe à Vallauris en 1948 et y vit jusqu’en 1955.
Le château de Vallauris, ancien prieuré, constitue une étape incontournable. La chapelle romane abrite le musée national Pablo-Picasso et se trouve à proximité immédiate du musée Magnelli, musée de la céramique. C’est ici que l’on découvre La Guerre et la Paix, un ensemble composé de deux panneaux peints de très grandes dimensions, réalisé par Picasso en 1952, puis installé dans la chapelle en 1954. Les deux immenses compositions épousent l’architecture du lieu et plongent le visiteur au cœur d’un face-à-face entre la violence de la guerre et une vision lumineuse de la paix.
À quelques pas, l’espace Jean-Marais rappelle également l’attachement du célèbre comédien à Vallauris et à la céramique, une facette plus confidentielle de son parcours.
Mes trois coups de cœur
Gilbert Portanier, l’esprit des années 1950

Installé à Vallauris dès 1948, Gilbert Portanier appartient à cette génération qui a profondément renouvelé la céramique française. Surnommé le « magicien des couleurs », il développe au fil des décennies un langage extrêmement libre, où les formes classiques côtoient des pièces plus baroques, toujours portées par le dessin, la couleur et une grande imagination.
Mon coup de cœur tient aussi au lieu lui-même. Son ancien atelier galerie, ouvert à la visite en haute saison et le reste de l’année sur rendez-vous, permet de découvrir ses œuvres au milieu de la pierre, de la lumière et du jardin. Plus qu’un espace d’exposition, il conserve quelque chose de l’atmosphère créative du Vallauris des années 1950.
Atelier Galerie Gilbert-Portanier
8, chemin des Potiers, Vallauris
Julien Capron, l’héritage réinventé

Petit-fils de Roger Capron, Julien Capron prolonge à sa manière une histoire familiale intimement liée à Vallauris. Formé à l’ébénisterie, il revient progressivement vers la terre pour développer un langage très personnel.
Dans certaines de ses fresques, il réutilise les tampons autrefois employés par son grand-père, auxquels il associe des motifs organiques inspirés d’herbiers, de couleurs éclatantes et de textures sensibles. Une manière particulièrement juste de faire vivre cet héritage sans jamais le reproduire.
Son atelier à Vallauris se découvre sur rendez-vous.
Où voir ses œuvres :
L’Atelier 55, Paris, Saint-Tropez, Megève
Passé Simple – The Vintage Gallery, Knokke
Di Vincenzo Poujoula, une nouvelle génération


Di Vincenzo Poujoula est né de la rencontre entre la designer d’espace française Claire Poujoula et l’ingénieur aéronautique italien Fausto Gill Di Vincenzo. Deux parcours très différents réunis autour d’un même matériau : la terre.
Le duo travaille à quatre mains, à la frontière de l’art, du design et de l’artisanat. Mobilier sculptural, lampes totems, bas-reliefs ou miroirs : chaque pièce est façonnée à la main, avec une attention particulière portée aux volumes, aux textures et aux émaux.
Installés à Vallauris, ils incarnent cette nouvelle génération qui fait à son tour évoluer la tradition de la cité des potiers.
Di Vincenzo Poujoula
91, avenue des Martyrs-de-la-Résistance, Vallauris
Visites sur rendez-vous.
Une jeune génération à découvrir


Cette vitalité créative se retrouve aussi dans de jeunes ateliers. J’ai notamment aimé le travail de Mélanie Her, qui découvre la céramique en 2020 avant d’en faire son métier deux ans plus tard. Aujourd’hui installée à Vallauris et reconnue Artisane d’Art, elle façonne à la main des pièces uniques en grès et en porcelaine, entre objets pour l’intérieur et vaisselle du quotidien. Elle collabore également avec des décorateurs et des architectes autour de projets sur mesure. Un univers contemporain, sensible et joyeux, qui apporte un regard très personnel à cette nouvelle génération de céramistes.
Dans les rues de Vallauris, l’histoire de la céramique continue bien au-delà de ces quelques noms. Entre les grands ateliers du XXe siècle, l’héritage de Picasso et une nouvelle génération de créateurs, la ville demeure avant tout un lieu où la terre est toujours vivante, se transforme et se réinvente sans cesse.
Biot, le verre en lumière
Perché entre mer et collines, Biot est d’abord un village où l’on prend plaisir à se promener sans itinéraire précis. Ruelles pavées, passages voûtés, façades de pierre, petites places et ateliers composent un décor plein de charme. On découvre rapidement que les métiers d’art font ici partie intégrante du paysage, avec de nombreuses galeries et des créateurs installés au cœur du vieux bourg.

Labellisée Ville et Métiers d’Art depuis 1997, Biot rassemble aujourd’hui maîtres verriers, céramistes, bijoutiers et plasticiens. Mais c’est bien le verre qui reste indissociable de son identité.
Au fil de la balade, la Galerie Lumen, installée rue Saint-Sébastien, mérite une halte. Elle présente notamment des pièces en verre soufflé, vases, flacons et sculptures, aux côtés d’une sélection d’œuvres contemporaines. Une première rencontre avec l’art verrier qui s’intègre naturellement à la découverte du village.
Galerie Lumen
16, rue Saint-Sébastien, Biot
La Verrerie de Biot, une histoire de bulles


Impossible de parler de Biot sans évoquer sa célèbre Verrerie. L’histoire commence en 1956 avec l’ingénieur céramiste Éloi Monod, qui transforme un défaut du verre – la présence de petites bulles – en une véritable signature esthétique. La Verrerie de Biot est alors créée et le verre bullé contribue largement à la renommée de la ville.
Mais la visite vaut surtout pour l’expérience. Dans la grande halle ouverte sur les fours, on observe les maîtres verriers travailler la matière en fusion, la cueillir, la souffler, puis lui donner forme. Carafes, verres et objets décoratifs prennent ainsi vie au fil des gestes : un spectacle fascinant qui permet de comprendre tout le savoir-faire nécessaire à la fabrication de chaque pièce.
Le site accueille également l’Écomusée du verre, consacré à la transmission et à la conservation du savoir-faire verrier, un showroom dédié aux arts de la table ainsi que la Galerie Internationale du Verre – Serge Lechaczynski, qui présente le verre comme un véritable médium artistique à travers le travail de créateurs français et internationaux.
La Verrerie de Biot & Galerie Internationale du Verre
5, chemin des Combes, Biot
Coup de cœur : Antoine Pierini et le Centre du Verre Contemporain


Mon véritable coup de cœur se révèle un peu en contrebas du village, au Centre du Verre Contemporain d’Antoine Pierini. Installé dans un ancien moulin à huile, le lieu réunit atelier, galerie et espace d’exposition dans une architecture de pierre qui dialogue particulièrement bien avec la transparence et la lumière du verre.
Fils du maître verrier Robert Pierini, Antoine Pierini a grandi au contact du verre et s’est formé dès son plus jeune âge aux gestes du soufflage avant de développer un travail beaucoup plus sculptural. Sa maîtrise étendue des techniques du verre, notamment soufflage, moulage, gravure à froid, lui permet d’explorer toutes les possibilités du verre et de dépasser largement l’objet décoratif.
Le Centre présente également le travail d’artistes verriers internationaux et permet d’approcher au plus près la création contemporaine autour du verre.
Centre du Verre Contemporain
9, chemin du Plan, route de la Mer, Biot
Visites sur rendez-vous.
À Biot, le verre accompagne ainsi toute la promenade : des vitrines des boutiques du vieux village aux fours de la Verrerie, jusqu’aux créations contemporaines d’Antoine Pierini. Une manière particulièrement agréable de découvrir un savoir-faire profondément ancré dans l’histoire du lieu, mais qui ne cesse de se réinventer.








