Dans l’arrière-pays de Manacor, loin du littoral et de ses foules estivales, La Reserva Rotana réunit sur plus de 200 hectares un hôtel cinq étoiles, une retraite agrotouristique de dix chambres, quatre tables placées sous la direction du chef étoilé Andreu Genestra, et un golf privé de neuf trous.

On arrive à Rotana par une route de campagne bordée de murets de pierre sèche et d’oliviers, et la mer paraît aussitôt très loin. Le domaine occupe une possessió du XVIIᵉ siècle, l’une de ces grandes exploitations rurales qui structuraient autrefois l’économie majorquine. Juan Ramón Theler et la princesse Loretta zu Sayn-Wittgenstein l’acquièrent fin 1997 et en font l’une des premières adresses d’agrotourisme haut de gamme de l’île, longtemps prisée d’une clientèle européenne en quête de discrétion. La propriété ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre, portée par une vision contemporaine de l’hospitalité qui ne renie pas sa vocation agricole. Les vignes, les deux potagers et les champs, dont les couleurs passent du vert au doré au fil des saisons, appartiennent toujours au paysage comme au quotidien.
Le Rotana Hotel occupe le point le plus haut du domaine. De ses terrasses, la vue descend sur le parcours de golf, les rangs de vigne, puis la vallée. L’établissement compte 24 chambres et suites ainsi qu’une villa privée de 5 chambres : une capacité qui préserve l’échelle d’une demeure. L’architecture traditionnelle en pierre sèche a été conservée, tandis que les intérieurs ont été repensés avec retenue – le bois, la lumière naturelle et une palette de verts font entrer le paysage dans les pièces. Dans la chambre, un plateau attend le voyageur. Il y trouve une carafe de vermouth maison, des olives marinées aux herbes du potager et relevées d’une pointe de citron issu des arbres du domaine, ainsi que quelques quelitos, ces petits biscuits croquants à l’huile d’olive. Une carte manuscrite de bienvenue rappelle qu’à Majorque, l’heure du vermouth est un rituel de partage, le prélude d’un repas entre amis. Le geste en dit long sur une maison attentive au moindre détail. Autour de l’hôtel s’étendent une piscine à débordement chauffée, un jardin sensoriel récemment aménagé, un espace de bien-être et un court de tennis.


Plus bas, au creux de la vallée, Es Mayolet change de registre. Cette adresse de dix chambres occupe une bâtisse rurale qui a gardé ses murs chaulés, ses toits de tuiles et ses sols en terre cuite ; le mobilier contemporain, aux lignes nettes, s’y fait discret. Les fenêtres donnent sur les vignobles, les champs fraîchement fauchés et les potagers, et il arrive que le bêlement des moutons tienne lieu de réveille-matin. L’atmosphère tient davantage de la maison de campagne que de l’hôtel. Si le Rotana Hotel contemple la vallée depuis la crête, Es Mayolet la vit de l’intérieur, au rythme de la ferme.
Les deux maisons partagent une même direction culinaire, confiée à Andreu Genestra, distingué d’une étoile Michelin et de deux Soleils Repsol, secondé par la cheffe exécutive Irene Lluch. Le domaine compte quatre tables : le restaurant Rotana, La Terraza et El Patio au Rotana Hotel – cette dernière, n’ouvrant qu’à certaines dates, propose un menu dégustation éphémère –, et Sa Vinya à Es Mayolet, dont la terrasse face aux vignes accueille aussi les visiteurs de passage. Le dîner imaginé par le chef donne la mesure de sa cuisine. Après un Palma Martini, le menu s’ouvre sur sa signature, un tartare de bœuf de race Rubia Gallega relevé de pickles et d’une crème de jaune d’œuf. Suivent une aubergine à la libanaise, agrémentée de sésame, de mélasse de canne à sucre et de fleur d’oranger, puis un calamar grillé à la braise, accompagné d’une vinaigrette à la pistache et à l’abricot. Des champignons de saison au jaune d’œuf et au praliné de noisettes précèdent un turbot à la biscayenne, avant un final tout en légèreté, alliant fraises et meringue. Les accords font la part belle aux vins de l’île, du chardonnay élevé en fût de Miquel Gelabert au Son Llebre blanc de Santa Margalida.


Le déjeuner, plus simple, met particulièrement à l’honneur le terroir. Après une focaccia au beurre aux herbes et aux tomates séchées et une salade de tomates et crevettes en escabèche vient la llampuga, ce poisson d’automne que les Majorquins attendent chaque année, préparée à la meunière et servie avec un riz à la perdrix fumé au romarin. Une courge aux épices et un chocolat au lait pimenté viennent conclure le repas, accompagné de deux vins IGP Vino de la Tierra de Mallorca. L’expérience se prolonge hors du restaurant, avec des ateliers de cuisine majorquine à la belle étoile, des dégustations de charcuteries et de fromages préparés selon des recettes anciennes et des dîners dressés au milieu des vignes.
La véritable singularité du domaine tient aussi à son golf privé de neuf trous, le Rotana Greens. Niché au creux des collines vallonnées qui entourent l’hôtel, il suit le relief de la vallée plutôt que de le corriger. Les fairways passent entre oliviers, pins, palmiers et vignes, la végétation d’origine a été préservée et aucun trou ne ressemble au précédent. Les clients du Rotana Hotel y jouent sans limite pendant tout leur séjour, avec un premier départ à quelques pas de leur chambre : une partie à la fraîche, tôt le matin, ou plus tard, lorsque la lumière s’allonge sur la vallée. Le club ne s’adresse pas aux seuls joueurs aguerris. Son académie assure cours particuliers, séances d’initiation et perfectionnement, pour les plus jeunes comme pour les seniors, avec un practice, un chipping green et une zone d’entraînement Par 3. Un clubhouse, une boutique et un food truck imaginé par Andreu Genestra complètent l’ensemble. Tournois et rencontres y réunissent membres et visiteurs.


À cinq minutes, la Rafa Nadal Academy attire de nombreux joueurs de tennis, qui choisissent souvent Rotana pour y séjourner. Les possibilités d’exploration peuvent se faire aussi plus contemplatives, au gré des paysages. Un parcours de santé traverse une zone naturelle protégée, refuge de la tortue d’Hermann, et des sentiers serpentent entre pinèdes et vignobles, à pied ou à cheval.
Entre l’hôtel sur la crête, la ferme au fond de la vallée et le golf qui les relie, La Reserva Rotana dessine une autre idée de Majorque : une île qui se mérite un peu, loin des plages, et attentive au rythme des saisons. Le soir, ce sont les cigales qu’on entend, pas la mer.












