LES ROCHES ROUGES OUVRENT LA SUITE RIVIERA, UNE RÉSIDENCE SUSPENDUE AU-DESSUS DE LA MÉDITERRANÉE

À Saint-Raphaël, l’hôtel de la collection Beaumier confie à l’Atelier Saint-Lazare 260 m² conçus comme une sculpture habitable, entre voile de béton courbe et terrasses végétalisées face au large.

Il faut d’abord accepter l’idée qu’on n’entre pas ici comme on entre dans une chambre d’hôtel. La Suite Riviera possède sa propre porte, sa propre adresse à l’intérieur du bâtiment, et cette autonomie change la nature même du séjour : 135 m² d’intérieur prolongés par 125 m² de terrasses panoramiques, posés en toit-terrasse au-dessus des flots. L’hôtel Les Roches Rouges, ouvert en 2017 sur la Méditerranée, franchit avec cette réalisation une étape qui tient moins de l’extension que de la relecture.

L’Atelier Saint-Lazare, fondé en 2000 par Antoine Ricardou et Clémentine Larroumet, a pensé l’ensemble comme une sculpture habitable. La formule pourrait rester théorique. Elle prend corps dans un voile de béton courbe, inspiré des sculptures de Richard Serra, qui traverse l’appartement d’un bout à l’autre. Il relie l’intérieur et l’extérieur, devient tour à tour cloison, dos de lit, élément scénographique. Sa présence structure les volumes sans jamais les fermer tout à fait, et c’est de cette tension que naît la fluidité du lieu.

La frontière entre le bâti et le paysage a été méthodiquement effacée. Les baies vitrées s’escamotent, les sols en terre cuite se prolongent sans rupture jusqu’aux terrasses, et le mur-sculpture accompagne ce glissement du dedans vers le dehors. Les terrasses, végétalisées par l’Atelier Lamarck, accueillent un bassin et une douche extérieure. Le regard, partout, revient à la mer, des premières lueurs du jour jusqu’au coucher du soleil.

Cette manière de vivre au ras de l’horizon a une histoire sur cette côte. La Suite Riviera s’inscrit dans l’héritage moderniste des années 1930 et de ses grandes maisons à toit-terrasse qui se confondaient avec la ligne d’eau. La Villa E-1027 d’Eileen Gray, à Roquebrune-Cap-Martin, demeure la référence centrale de l’hôtel, pour son intemporalité et pour la justesse de son rapport au paysage méditerranéen.

Le mobilier et les œuvres racontent la région, avec la participation d’artisans et d’artistes en grande partie locaux. Des pièces de Pierre Chapo et de Charlotte Perriand voisinent avec une applique murale de Guy Bareff, un bas-relief en plâtre, une lithographie d’Alain Bonnefoit et un bureau de Pierre Paulin. La palette, blanc dominant et tommettes aux tons orangés, appuie la sensation de minéralité, de douceur tactile et de chaleur du Sud. L’enveloppe volontairement sobre crée un contraste saisissant avec ces objets et met en valeur les lignes architecturales qui modèlent l’ensemble.

L’usage, lui, reste délibérément hybride. Jusqu’à quatre personnes en séjour privé, quatre adultes ou deux adultes et trois enfants, dans une suite parentale de 30 m² avec dressing et salle de bain et une chambre de 20 m² avec salle de douche. Mais les espaces se referment ou s’ouvrent selon les besoins, jusqu’à recevoir plusieurs dizaines d’invités pour un cocktail, un dîner, une réunion ou une célébration, sans que la complexité technique de cette transformation ne se laisse jamais deviner. Grand appartement suspendu sur la Méditerranée, la suite brouille volontairement les codes de l’hôtellerie et de la résidence.

La démarche s’appuie sur le principe du « less is more ». Le projet privilégie la réutilisation de l’existant et limite la production de déchets inutiles. Terre cuite, pierre, bois et béton proviennent majoritairement de la région. La végétalisation des terrasses fonctionne avec un arrosage minimal, l’isolation du bâtiment a été renforcée, les menuiseries remplacées par des éléments à haute performance énergétique et les équipements sanitaires choisis pour leur faible consommation d’eau. Acoustique, ventilation et énergie disparaissent dans la structure générale de l’hôtel.

Après l’acquisition du bâtiment voisin en 2023 et deux années de restructuration menées par l’Atelier Saint-Lazare, la Suite Riviera clôt un cycle entamé en 2015. Elle propose une définition assez précise de ce que peut être l’hospitalité aujourd’hui : une architecture au service de l’expérience, une matière et des proportions qui suffisent à faire le cadre, un lieu pensé pour ceux qui cherchent l’essentiel face à la mer. Les images sont signées Matthieu Salvaing, assisté de Théo Guerlet, avec un set design de Juliette Orts.

https://www.beaumier.com

Des experiences et une culture qui nous définissent

Ne ratez aucun article

Inscrivez-vous à notre newsletter