

Et si la hache, qu’on associe d’ordinaire à la force brute, devenait l’instrument de la sensibilité ? Pour sa nouvelle série de mobilier d’art, l’ébéniste-designer toulousain Julien Vicario, qui signe ses pièces sous le nom d’Atelier Fabricario, fait un choix radical : texturer le chêne exclusivement à la hache. L’outil ancestral y devient un langage à part entière.

Dans la continuité de sa collection « Les Émotives », il pousse son travail vers une dimension plus sculpturale. Trois pièces, le fauteuil Joelle, la chaise Cavale et la table V, composent une série qui se tient volontairement à la frontière du meuble et de la sculpture contemporaine. La matière garde la trace du geste : rien n’est lissé ni dissimulé, rien n’est domestiqué à l’excès. Chaque impact devient texture, chaque irrégularité signe la pièce.

Formé au métier de menuisier en sièges, Julien Vicario reste attaché aux savoir-faire traditionnels. Ciseaux, scies japonaises, racloir, rabots et wastringues rythment son quotidien dans son atelier en périphérie de Toulouse, où chaque pièce est pensée, dessinée et fabriquée. La hache intervient en dernier, comme l’aboutissement du processus : l’outil le plus brut, celui qui laisse le plus de place à l’instinct et à l’émotion. Le chêne massif, essence quasi omniprésente dans son travail, devient le terrain d’une expérimentation tactile, presque primitive.

Cette liberté du geste puise aussi dans une histoire personnelle. Le monde équestre, que Julien Vicario a fréquenté une grande partie de sa vie, lui fournit des silhouettes, des souvenirs, une certaine puissance physique. Cavale en est la traduction la plus directe : inspirée par un cheval en mouvement, cette chaise en chêne noir, avec une assise en cannage tressé à la main, se dresse sur deux hauts montants de dossier, prenant des allures de trône moderne.

Avec Joelle, le registre devient plus intime. Le fauteuil rend hommage à la grand-mère du designer, Joelle, qui fut mannequin dans sa jeunesse, et emprunte à l’univers des défilés. Habillé du tissu Supernova de la maison Métaphores, dont les reflets argentés tranchent avec le rouge profond de la structure, il joue sur les couleurs, les formes et les matières.
La table V montre une autre facette du travail à la hache. En chêne noir haché, elle affirme une présence presque architecturale, entre un plateau au rebord irrégulier et des pieds sculpturaux. Son nom reprend l’initiale de Vanessa, la mère du designer, car c’est d’une discussion avec elle que la pièce est née.

Exposé cet été chez NICHE by Claude Cartier à Arles pendant les Rencontres de la photographie, Julien Vicario a réservé ces trois pièces inédites à la Paris Design Week de septembre 2026. Chez lui, le meuble ne se contente pas d’occuper l’espace : il garde l’empreinte de la main qui l’a façonné.








