ICÔNES

Aux origines de la querelle des icônes (la célèbre bataille entre les iconoclastes et les iconodules ayant déchiré l’Église d’Orient au VIIIe siècle) était la croyance dans le pouvoir d’incarnation de l’image religieuse et, par voie de conséquence, le devoir de vénération attaché aux « saintes images ». Ce « statut de l’image », « sa capacité à incarner une présence, entre apparition et disparition » est au coeur de l’exposition «Icônes ».

© Maurizio CATTELAN, La Nona Ora, 1999 / Zeno Zotti

« Apparitions », « illuminations », « révélations »… Conçue spécifiquement pour la Punta della Dogana, avec les oeuvres de la collection Pinault (signées Maurizio Cattelan, Roman Opalka, Rudolf Stingel ou Danh Vo), « l’exposition considère tout à la fois la fragilité et la puissance des images », leur capacité « à générer une émotion et faire corps avec les spectateurs ». Des images fantômes aux allures de reliques, évoquant les anges ou les Madones de l’art chrétien ou les idoles archaïques des temps païens. Des images bien éloignées, par leur modernité et, souvent, par leur trivialité, de l’art sacré, et pourtant tout imprégnées de mystère. Des oeuvres « inspirées » sinon par l’Esprit divin, du moins par une voix de l’« au-delà » – à laquelle Lafayette Anticipations consacre une autre exposition d’icônes et d’idoles (anciennes et contemporaines) –, celle que Victor Hugo nommait la « bouche d’ombre »…

RELIQUES

Comment ne pas être bouleversé ainsi devant les noirs lambeaux d’un voile élimé couvrant un grand miroir doré de David Hammons évoquant les brocards mortuaires des messes d’enterrement? Elle une dépouille érigée en trophée, cette image de la disparition, ou plutôt, de « l’invisibilisation » fait écho à une autre oeuvre très émouvante de l’artiste afro-américain, The Embrace (vers 1975) : par-delà Le Baiser de Klimt, « icône » de la Sécession viennoise à laquelle l’oeuvre fait écho, les corps enlacés de la mère et du fils surgissant en transparence comme des images aux rayons X ou des négatifs photographiques, rappellent immanquablement les Madones à l’enfant et, plus particulièrement, les Vierges noires romanes.

© Edith DEKYNDT. Ma verrà il giorno che tutte quante, 2022 / Furio Ganz/ Pierre Henri Leman
© Lygia Pape, Tteia 1, C,2001-2017 / Courtesy Projeto Lygia Pape

ENFOUISSEMENT

Comment ne pas voir aussi dans le tissu en loques, rongé par plusieurs mois d’ensevelissement dans la terre, d’Edith Dekyndt (Underground, 2018) l’image, sinon du Saint Suaire, du moins d’un linceul exhumé ?…

Cette image de la disparition, de l’enfouissement résonne tout particulièrement plus d’un siècle après l’invention du monochrome, mais entre aussi en résonance avec toutes les quêtes métaphysiques de l’art, des fonds d’or des icônes médiévales aux vibrantes abstractions de Rothko : donner à voir le mystère, rendre visible l’invisible, « mettre l’âme humaine en vibration1 »…
1 Philippe Sers, préface de Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier de Wassily Kandinsky (éd. Folio Essais)

« ICÔNES » – PUNTA DELLA DOGANA
DORSODURO 2, VENISE (ITALIE) – JUSQUAU 26 NOVEMBRE
ET AUSSI
« AU-DELÀ – RITUELS POUR UN NOUVEAU MONDE » – LAFAYETTE ANTICIPATIONS
RUE DU PLÂTRE, PARIS 4E – JUSQU’AU 7 MAI
LAFAYETTEANTICIPATIONS.COM

« D’ICI À L’INFINI » – GALERIE MARIAN GOODMAN
GIOVANNI ANSELMO, LOTHAR BAUMGARTEN, MARISA MERZ, ETTORE SPALLETTI
79, RUE DU TEMPLE, PARIS 3E – JUSQU’AU 29 AVRIL
MARIANGOODMAN.COM

Des experiences et une culture qui nous définissent

Ne ratez aucun article

Inscrivez-vous à notre newsletter