

La nature comme matière créative
Pour la troisième année consécutive, Berluti choisit l’hôtel particulier de la Fondation Simone et Cino Del Duca, face au parc Monceau, à Paris, pour présenter sa nouvelle collection. Celle-ci correspond, pour référence éditoriale, au printemps-été 2027, même si la maison de prestige préfère s’affranchir des dénominations saisonnières traditionnelles. Le lieu fait naturellement écho à son histoire : comme Berluti, la Fondation entretient un dialogue profond entre la France et l’Italie, fondé sur la transmission, la création et l’excellence artisanale.
Cette saison, le jardin devient le fil conducteur d’un parcours pensé autour des impressions et des sensations. Il ne constitue pas seulement un répertoire de motifs, mais aussi une manière d’observer la lumière, les couleurs et les matières avant de les traduire dans le vêtement, la chaussure ou la maroquinerie. Berluti révèle ainsi le passage progressif de l’inspiration à l’objet : d’un côté, les images, les émotions et les références irriguant le processus créatif ; de l’autre, la transformation de ces éléments en pièces singulières grâce au savoir-faire exceptionnel des artisans.
Dans le vestiaire, une jonquille semble éclore de la poche d’une veste Forestière, tandis que des fleurs brodées sur une veste paraissent pousser directement à travers le tissu. Ailleurs, les motifs floraux se glissent sur les pulls, les chemises classiques, et même dans le motif Scritto emblématique de la maison. Broderies, impressions, découpes laser et effets optiques composent un langage organique dans lequel la maîtrise technique reste au service de la sensation.

Le thème du jardin gagne également la chaussure, notamment avec Galet Bloom, dont les courbes sculpturales s’inspirent de l’arum. Une nouvelle patine en souligne les volumes, comme si la couleur suivait le mouvement naturel d’un pétale. Les mocassins Lorenzo et Panache prolongent cette exploration dans un registre plus classique, en associant la précision de la construction aux matières caractéristiques de Berluti.
Dans le salon Orange de l’hôtel particulier, le thème se rapproche de la peinture impressionniste. Comme les peintres cherchaient à saisir les variations d’une atmosphère plutôt qu’à reproduire fidèlement un paysage, les artisans travaillent la patine en jouant avec les tons, les transparences et les profondeurs. Quatre tableaux inspirent ainsi de nouvelles interprétations appliquées aux sacs Un Jour, Luti, Un Jour de Poche et Toujours. Chaque modèle évoque un moment de la journée dans le jardin : la fraîcheur d’une roseraie à l’aube, les reflets d’une barque sur l’eau à midi, l’intensité des hortensias ou les tonalités brumeuses du crépuscule.
Du Petit Prince à la mémoire des objets
Le parcours se poursuit à travers un dialogue avec Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, qui donnera naissance à une collection capsule en édition limitée, prévue pour la fin 2026. L’attention portée à la nature, l’émerveillement devant le monde et la valeur accordée aux détails invisibles rapprochent naturellement le récit de l’univers de Berluti.

Dès l’entrée, une installation mêlant le parfum d’une bougie, des bruits de pas et une présentation de différents talons transforme la visite en expérience sensorielle. Dans le salon Monceau, la phrase « On ne voit bien qu’avec le cœur » invite à envisager l’élégance au-delà de l’apparence. Chez Berluti, celle-ci s’exprime aussi par les mouvements, les attitudes et les émotions produits par une matière ou une silhouette.
Dans une autre salle, un bureau doucement éclairé, inspiré de celui de Saint-Exupéry, marque ensuite le passage vers l’univers imaginaire de l’écrivain. Dans le salon Vigny, une série de planètes évoque l’univers poétique du Petit Prince, et une mise en scène met en regard les dessins de l’auteur et les créations Berluti qu’ils ont inspirées. Les croquis et les personnages emblématiques du récit trouvent leur expression sur les sacs Un Jour, Deux Jours et Trois Nuits, ainsi que sur le soulier Alessandro. La bibliothèque de la Fondation rappelle également la collaboration entre Berluti et Gallimard autour d’une édition de Saint-Exupéry dans la Bibliothèque de la Pléiade, pour laquelle la maison a réalisé une couverture et un étui en cuir Venezia patiné.


La présentation s’achève sur la relation durable qui existe entre les créations et ceux qui les possèdent. Dans le salon Cordoue, des pièces restaurées entourent un artisan et témoignent de vies déjà vécues. Porteuses de souvenirs et d’habitudes, elles trouvent une nouvelle jeunesse grâce aux gestes de réparation. Berluti indique que 97 % de ses produits peuvent aujourd’hui être restaurés dans son atelier d’Aubervilliers.
Entre jardin impressionniste, poésie littéraire et culture de la transmission, Berluti défend une élégance conçue pour traverser le temps. La nouvelle collection rappelle qu’un objet exceptionnel ne se limite pas à sa beauté immédiate : il conserve les traces d’un geste, d’une émotion et d’une histoire appelée à se poursuivre.
Fondation Simone et Cino Del Duca
10, rue Alfred-de-Vigny, Paris 8e
Édition limitée Berluti x Le Petit Prince prévue fin 2026








