À la frontière entre le cinéma et la mode, les directeurs artistiques des marques retranscrivent, sous forme de scénarios visuels captivants, l’essence de leurs dernières collections.
La mode se rapproche de plus en plus du septième art, espérant y trouver la liberté suffisante pour incarner pleinement une vision. Quatre marques ont ainsi imaginé des scénarios incongrus, séduisants ou nostalgiques, avec l’aide des meilleurs photographes et réalisateurs du moment. Mugler nous plonge au cœur d’un mystère non résolu, où ses muses oscillent entre héroïnes et figures inquiétantes. Jacquemus nous fait redécouvrir le Mont-Saint-Michel sous un angle différent, à travers un prisme empreint de nostalgie. Marine Serre immortalise une nuit dans un hôtel parisien où Ester Expósito, protagoniste principale, jouit de sa propre liberté. Enfin, Versace célèbre un monde rétro et cosmopolite en introduisant un nouveau concept : une campagne portée par trois photographes.
Mugler – « Stardust Aphrodite »



La collection « Stardust Aphrodite » est la première d’une trilogie imaginée par Miguel Castro Freitas, l’actuel directeur artistique de la maison. À partir de silhouettes structurées et glamour, il parvient à insuffler une tension magnétique entre séduction et inquiétude. Déesse de la beauté et de l’amour, Aphrodite symbolise la tentation, mais également la perfection, tandis que « Stardust » (littéralement « poussière d’étoiles ») évoque l’univers futuriste de Mugler. Dans une légère brume, les muses se dévoilent de manière mystérieuse, apparaissant dans leurs vêtements parfaitement taillés qui épousent le corps grâce à des matières emblématiques de la maison – cuir, latex, tissus techniques. Les tonalités souvent claires contrastent avec la radicalité des coupes. La campagne adopte un point de vue cinématographique, dégageant une ambiance mystique entre regard craintif, dissimulation et poses désinvoltes. En provoquant une troublante sensation par ces clichés énigmatiques, la marque Mugler se plait à semer le doute dans son propre récit visuel. Une autre forme de beauté émerge à la lumière de ses mises en scène cristallisantes : celle d’une présence qui fascine autant qu’elle intimide. On ne sait pas vraiment si les muses de Mugler sont des héroïnes ou si elles incarnent des antagonistes menaçantes, mais leur rôle dépasse la simple figuration. Leur charisme découle d’un style puisé dans une mode rétro et intemporelle, où la rigueur des lignes dialogue avec l’intensité des expressions.
Jacquemus – « Le paysan »

Dans le cadre idyllique des marais salés du Mont-Saint-Michel, les modèles aux visages innocents évoluent avec spontanéité dans l’herbe humide, en mouvement ou simplement suspendus dans l’instant, incarnant une forme de douceur candide fidèle à l’ADN sensible et épuré de la maison de mode. Les couleurs délicates qui peignent le vaste décor du célèbre îlot rocheux et son abbaye rappellent avec nostalgie les couchers de soleil de l’enfance et l’insouciance de la jeunesse. Habillés des pièces de la collection « Le paysan », présentée à l’Orangerie du Château de Versailles l’été dernier, les mannequins évoluent dans un espace suspendu entre enfance et âge adulte, heureux de découvrir le monde. La campagne 2026 évoque les jeunes années du créateur curieux et rêveur, qui a grandi au milieu d’un paysage rural, qu’il choisit de célébrer au lieu de le renier, en révélant toute sa poésie. C’est un message plein de tendresse que Jacquemus adresse à son enfant intérieur, en tissant un dialogue entre imaginaire, passé et avenir.
Marine Serre – « The source »


La collection « The source » se distingue par sa versatilité. Les robes de jour et de nuit ne redéfinissent pas ce que la femme devrait être, mais s’adaptent à ce qu’elle est. Perçue comme une véritable garde-robe consciente, la collection met en avant une féminité libre, affirmée et souveraine. Incarnée par Ester Exposito, cette femme représente les limites de l’insouciance, la pure liberté et le désir naturel qui se consume. Marine Serre présente la collection comme une seconde peau, complice des élans les plus instinctifs. Guidée par l’instinct et ses impulsions auxquelles elle laisse libre cours, la protagoniste déambule dans l’hôtel Le Grand Mazarin. Hypnotisé par le charisme de l’actrice, le spectateur en oublie les injonctions auxquelles sont soumises les femmes, les pressions sociales qui les incitent à dire « oui » à tout ce qu’on leur demande. Marine Serre n’habille pas seulement les femmes : elle révèle leur aura magnétique, celle qui émerge lorsqu’elles reprennent le contrôle.
Versace – Une campagne chorale



L’esprit Versace renoue avec les codes d’une mode rétro et d’une vie festive sous l’objectif de trois photographes différents qui ont sublimé de manière indépendante la collection très colorée printemps-été 2026 : Tania Franco Klein, Frank Lebon et Steven Meisel. Chacun propose une interprétation singulière, créant une campagne plurielle. La vibration des couleurs oscille entre les trois storytellings dans un clash irrévérencieux mêlant les codes du luxe et ceux de la rue. Le cadre cinématographique de cette campagne italienne plonge instantanément le spectateur dans une autre époque. Bleu électrique, pantalons à rayures, débardeurs et sacs banane engagent la collection dans un style totalement underground, où l’élégance se teinte d’extravagance. Cette campagne Versace construit un scénario célébrant une communauté éclectique vivant au rythme de ses pulsions. Vibrantes, désinvoltes mais chics, les tenues des talents qui incarnent l’image de Versace font partie du nouvel ADN de la marque italienne : « Versace Embodied ».
Les campagnes estivales n’ont plus vocation de mettre en avant de belles plages paradisiaques. L’ère est aux couleurs de la modernité, favorisant la circulation de nouvelles idées, subversives ou plus intimes. Les maisons de mode s’inscrivent à présent dans une logique presque sérielle, cherchant à faire voyager en personnalisant leurs différentes facettes, de la nostalgie à l’incubation de valeurs différentes.








