
Il existe des maisons qui se visitent… et d’autres qui se ressentent.
À Westmount, sur les hauteurs paisibles qui dominent Montréal, cette demeure patrimoniale semble observer la ville avec la sérénité d’un lieu hors du temps.


En contrebas, Montréal vibre, lumineuse et vivante, entre façades anciennes et audaces contemporaines. Ici, pourtant, le rythme ralentit. L’air est plus calme. La lumière plus douce. Comme si la maison, perchée au-dessus du tumulte, offrait une parenthèse précieuse.
Construite autour de 1810, elle traverse les siècles avec une élégance rare. Dans un pays jeune comme le Canada, une résidence de cette époque est une exception, presque un privilège. Préservée avec soin, elle porte encore les traces de son histoire dans ses volumes nobles, ses proportions harmonieuses et ses détails architecturaux d’origine. On y entre comme dans un lieu chargé de mémoire, où chaque mur semble raconter un fragment du passé.
La rénovation, orchestrée par le designer Luke Havekes, n’a jamais cherché à effacer cette âme. Au contraire, elle l’a sublimée. Ici, la modernité se glisse avec délicatesse, sans brusquer l’existant, comme un souffle contemporain posé sur un héritage intact. Les moulures, les hauteurs sous plafond, les lignes classiques demeurent, mais l’atmosphère devient plus enveloppante, plus intime, plus vivante.


Dès l’entrée, le marbre donne le ton. Solennel et lumineux, il impose une présence presque cérémonielle. Mais très vite, les matières viennent réchauffer la pierre : velours profond, cuir souple, bois patiné. Une palette de bruns ambrés, de tons bordeaux et de nuances minérales compose un univers feutré, rassurant, pensé pour affronter la rigueur de l’hiver montréalais avec douceur.
Le marbre, omniprésent, devient le fil conducteur de la maison. Dans les espaces d’eau, il se déploie en larges lames aux tonalités subtiles : gris brumeux, beige pierre, reflets verts à peine perceptibles. Son veinage délicat dessine des motifs presque organiques, comme une œuvre abstraite créée par la nature. Les innombrables essences de marbre choisies donnent naissance à des compositions géométriques étonnantes, transformant le sol en tableau, en paysage minéral. Chaque pas devient une expérience, comme si l’on marchait sur une pièce d’art.

Dans le salon, la lumière se reflète sur un paravent néo-japonais en feuille d’argent, à la fois précieux et silencieux. Sous ce décor poétique, un canapé serpentin sur mesure en chenille ambrée épouse l’espace avec élégance. Face à lui, des fauteuils club en cuir brun, d’inspiration Art déco, s’imposent comme pièces centrales, apportant profondeur et caractère. Ici, tout est équilibre : la douceur du textile répond à la structure du cuir, la fraîcheur du marbre est apaisée par la chaleur des matières.
La salle à manger, baignée de lumière, prolonge cette sensation d’harmonie. Un lustre spectaculaire surplombe la table comme une constellation suspendue, prêt à accompagner les longues soirées où l’on reçoit, où l’on partage, où l’on prend le temps. Plus loin, la cuisine, luxueuse mais parfaitement maîtrisée, se révèle comme un véritable cœur battant. Les rangements intégrés se fondent dans l’architecture, les surfaces nobles sont pensées pour durer, et chaque détail semble conçu pour préparer des repas raffinés avec précision, dans une atmosphère aussi fonctionnelle que sophistiquée.


À l’extérieur, le jardin paysagé protège la maison des regards et renforce l’impression d’un refuge secret. Malgré la proximité du centre vibrant de Montréal, l’on se sent ici ailleurs. Comme dans une retraite discrète, enveloppée de verdure, où le silence devient un luxe. Les contraintes strictes du patrimoine, fenêtres en bois conservées, toiture en ardoise maintenue, matériaux réglementés, n’ont jamais été des limites, mais une ligne de conduite, un respect profond pour l’histoire du lieu.
Aujourd’hui, cette demeure de Westmount incarne un équilibre rare : patrimoine et modernité, élégance et confort, rigueur architecturale et douceur de vivre. Plus qu’une maison, c’est un art de vivre. Un lieu où la lumière devient matière, où chaque texture raconte une intention, et où, même lorsque l’hiver enveloppe Montréal d’un silence blanc, l’intérieur demeure un monde chaleureux, lumineux et profondément vivant.
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