Le Diable s’habille en Prada 2 : le duel que tout le monde attendait


Toute l ‘équipe à la premiere du film à New York

Vingt ans de silence, et soudain « That’s all. » Miranda Priestly est de retour pour prouver que son règne sur la mode, désormais tourné vers le « quiet luxury », est loin d’être terminé. Entre déclin de la presse papier et montée en puissance des algorithmes, le trio Streep-Hathaway-Blunt revient dans une suite qui agite déjà la planète mode.

L’attente a été longue, mais la question qui agite aujourd’hui autant les cinéphiles que les fashionistas du monde entier trouve enfin sa réponse : oui, il est possible de faire une suite à un film culte sans en trahir la légende. Il y a des œuvres qui ne vieillissent pas, qui échappent aux outrages du temps pour s’installer durablement dans la culture populaire. Elles deviennent des références absolues, des raccourcis de langage, ou même des costumes d’Halloween que l’on croise chaque année. Le Diable s’habille en Prada (2006) est de celles-là, une œuvre dont l’influence a dépassé les salles obscures pour dicter une certaine vision de l’ambition, de la résilience et de l’élégance. Vingt ans après la sortie du film original, Meryl Streep, Anne Hathaway et Emily Blunt reprennent leurs rôles emblématiques, rejointes par un Stanley Tucci toujours aussi flamboyant dans la peau de Nigel. Pour ce deuxième opus, l’équipe d’origine se reforme sous la direction de David Frankel, avec un scénario à nouveau ciselé par Aline Brosh McKenna. Pour pimenter cette réunion au sommet, un casting cinq étoiles vient compléter l’affiche : Lady Gaga, Kenneth Branagh, Lucy Liu, Justin Theroux et la sensation Simone Ashley.

L’intrigue reprend exactement là où les fans l’espéraient, mais avec la maturité nécessaire pour éviter le simple copier-coller nostalgique. On retrouve Andy Sachs de retour au sein du prestigieux magazine Runway, où Miranda Priestly doit désormais faire face à un défi de taille : le déclin inexorable de la presse écrite face à l’hégémonie brutale du numérique et des réseaux sociaux. C’est un contexte résolument ancré dans l’époque actuelle — et un choix narratif particulièrement malin — qui permet au film de commenter l’évolution de l’industrie des médias autant que celle de la mode internationale. On y suit Miranda contre les algorithmes, une lutte de prestige où l’instinct de la grande prêtresse de la mode se confronte aux données froides de la Silicon Valley. Le duel promet d’être aussi cinglant qu’intellectuel. Côté réalisation, le pari était pourtant risqué, car les suites de films cultes ont souvent la fâcheuse tendance à décevoir ceux qui les ont aimés. Mais les premières réactions recueillies lors de l’avant-première mondiale à New York, le 20 avril 2026, semblent plus que rassurantes. Le retour du duo Streep-Hathaway, dont l’alchimie n’a manifestement pas pris une ride, suffit à lui seul à justifier le déplacement et l’attente des fans de la première heure.

Si le film se juge aussi à l’aune de ses tenues — et avec une telle franchise, c’est une évidence absolue — alors ce deuxième volet n’a pas déçu les attentes les plus folles de la sphère mode. Contrairement au premier opus dont les costumes iconiques étaient signés Patricia Field, nommée aux Oscars pour ce travail historique, ceux du deuxième épisode sont l’œuvre de sa collaboratrice de longue date, Molly Rogers. Cette dernière, déjà largement saluée pour son travail sur la série And Just Like That…, apporte un regard neuf tout en respectant l’héritage de sa mentor. La transmission est ici symboliquement forte et stylistiquement assumée, marquant le passage d’une ère à une autre avec brio. Ce que Molly Rogers propose, c’est un vestiaire qui parle de 2026 avec une précision chirurgicale. La mode de ce second volet n’est plus celle du logo triomphant ni du luxe ostentatoire qui caractérisait les années 2000. On y trouve à l’inverse le « quiet luxury » assumé, cette élégance discrète mais infiniment coûteuse, où la pièce vintage est élevée au rang de véritable statement politique. Le mélange des registres est partout : on y voit des associations audacieuses entre denim brut et joaillerie fine, ou des blazers oversize portés avec l’assurance d’une seconde peau.

Photo de tournage du filme au Muséum of natural history de New York

Miranda Priestly, elle, ne change pas fondamentalement, mais elle mue pour mieux régner sur son temps. On la découvre notamment dans une veste à pompons emblématique de chez Dries Van Noten, ainsi que dans un blazer noir et blanc rayé issu de la collection printemps 2026 de Schiaparelli. C’est un glissement significatif par rapport au premier film qui la drapait presque exclusivement en Hermès et Chanel. Les maisons de couture ont changé, les alliances se sont déplacées, mais le pouvoir, lui, reste intact et s’exprime à travers des coupes plus architecturales et subversives. Andy Sachs, de son côté, a définitivement rangé ses cuissardes Chanel mythiques au placard pour une approche plus intellectuelle de la sape. On la découvre dans un t-shirt épuré de chez Phoebe Philo, associé à un pantalon Nili Lotan, des chaussures Prada et des bijoux signés Jemma Wynne. Le look est simple, sophistiqué, totalement dénué de toute ostentation inutile. La métamorphose est là, mais elle se veut discrète. Andy a grandi, elle a pris du galon, et ses tenues le montrent désormais mieux que n’importe quelle ligne de dialogue.

Quant à la première mondiale new-yorkaise, elle était en tout point à la hauteur de l’événement cinématographique de l’année. Meryl Streep a fait sensation en choisissant une création rouge impérial à cape signée Givenchy par Sarah Burton, agrémentée de gants d’opéra et de bijoux David Yurman. C’était un hommage vibrant à son propre personnage, porté avec une précision et une prestance redoutables qui rappellent pourquoi elle reste la reine de Hollywood. À ses côtés, Anne Hathaway et Emily Blunt ont fait crépiter les flashs, respectivement habillées en Louis Vuitton et Schiaparelli, affirmant leurs statuts d’icônes de mode mondiales. Le film n’était pas encore projeté sur l’écran géant que le tapis rouge avait déjà tout dit de l’ambition de cette suite : la légende est intacte, le style est souverain, et Miranda Priestly n’a pas fini de nous glacer le sang d’un simple regard.

Sacha Miller


Informations pratiques Le Diable s’habille en Prada 2 — En salles en France le 29 avril 2026. Réalisé par David Frankel — avec Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci.

Meryl Streep , Miranda Priestly dans « Le diable s’habille en Prada 2′. credit Macall Polay/20th Century Studios

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