ROXANE MESQUIDA : TRAJECTOIRE LIBRE

Roxane, vous avez été repérée à 13 ans dans la rue par un réalisateur et vous vous êtes retrouvée d’un coup sur un tournage. Comment une gamine du Var comme vous a vécu cela ? 

Enfant, j’étais très réservée, et devenir actrice ne m’était jamais venu à l’esprit. Je n’aurais sans doute jamais envisagé cette voie si je n’avais pas été remarquée par Manuel Pradal, alors en repérage pour son film dans le village où j’ai grandi. Étonnamment, je me suis sentie extrêmement à l’aise lors de ce premier tournage, et ce fut une véritable révélation pour moi. J’ai su immédiatement que c’était ce que je voulais faire pour toujours.

Catherine Breillat a été une figure centrale dans votre carrière. Qu’est-ce qu’elle vous a appris sur le métier d’actrice que vous n’auriez pas pu apprendre ailleurs ?

Travailler avec Catherine Breillat a été bien plus qu’une étape dans ma carrière : une expérience fondatrice. Je l’ai rencontrée très jeune, à un moment où tout restait à inventer, et j’ai eu le privilège de tourner trois films sous son regard. Avec elle, j’ai appris à habiter les silences, à affronter la vérité des émotions, à me découvrir sans détour. C’est là que s’est ancré, en profondeur, mon désir d’être actrice.

Vous avez joué des rôles très intenses, souvent sensuels et provocateurs dès votre adolescence. Comment vous protégiez-vous en tant que jeune femme sur ces tournages ?

Il y a deux choses très différentes dans cette question, qu’il est important de distinguer : les personnages que j’interprète relèvent de la fiction, et n’ont rien à voir avec ce que je vis sur les tournages, qui est une expérience bien réelle. J’ai eu la chance de travailler avec des réalisateurs que j’admire, dans un cadre à la fois exigeant et respectueux où j’ai toujours été considérée, autant comme actrice que comme personne.

À un moment, vous avez tout quitté pour partir aux États-Unis. C’était une fuite, une ambition, ou juste une envie de vous réinventer ?
Plutôt une continuité… j’ai toujours avancé en suivant mon instinct, sans calcul. Alors, lorsque Gregg Araki m’a appelée pour jouer dans Kaboom, à Los Angeles, je n’ai pas hésité une seconde. Travailler avec lui faisait partie de mes rêves, et cette évidence s’est imposée comme une suite naturelle dans mon parcours.

Vous avez travaillé avec Gregg Araki, Quentin Dupieux, Vincent Cassel… Vous semblez attirée par les univers décalés et les « outsiders » du cinéma. C’est un choix conscient ?

Un choix conscient ? Je ne sais pas. Je regarde beaucoup de films, je sais ce que j’aime et avec qui j’ai envie de travailler. C’est sans doute aussi une forme d’évidence, une attirance naturelle pour certains univers. J’ai le sentiment que cela fonctionne un peu comme une famille : on se reconnaît, on se retrouve, et j’attire ce type de cinéma, plutôt underground, libre, en marge des formats plus conventionnels.

Vous êtes franco-américaine, vous avez vécu entre Paris, New York et Los Angeles. Est-ce qu’on joue différemment selon le pays dans lequel on tourne ?

Je ne pense pas jouer de manière différente. C’est aussi lié au fait que je travaille sur des films indépendants, du cinéma d’auteur, aussi bien en France qu’aux États-Unis. Ce qui change surtout pour moi, c’est le rapport à la langue. Comme si une autre facette de ma personnalité apparaissait quand je parle anglais. Étonnamment, je me sens beaucoup moins timide dans cette langue.

En 2022, vous revenez en France pour la sortie de Méduse. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rentrer après plus de dix ans aux États-Unis ?
Honnêtement, je suis revenue presque sur un coup de tête. Je pense aussi que mon mari et moi avions envie d’élever nos enfants en France. Cela dit, nous n’avons pas complètement coupé avec les États-Unis. Nous continuons d’y produire des films et j’y retourne régulièrement pour des tournages. J’y ai d’ailleurs tourné le nouveau film de Gregg Araki, qui sortira en France le 29 juillet.  

Si la Roxane d’aujourd’hui pouvait parler à la petite fille du Pradet qui ne savait pas encore qu’elle allait devenir actrice, qu’est-ce qu’elle lui dirait ?

Je ne lui dirais rien, parce que je ne veux rien changer. Les choix qui ont pu me sembler mauvais à certains moments ou les opportunités manquées m’ont peut-être aussi protégée de certaines expériences. J’ai eu la chance de travailler avec tellement de personnes que j’admire. C’est cela, finalement, le plus important, et j’en suis profondément reconnaissante. À la Roxane d’aujourd’hui, je ne peux que dire que c’est un sacré parcours.

Qu’est-ce que Cannes représente pour vous ?
Le Festival de Cannes représente pour moi le plus beau festival de cinéma au monde. J’y suis particulièrement attachée et j’ai eu la chance d’y présenter de nombreux films, dans différentes sélections. Mon premier, en compétition, était L’École de la chair de Benoît Jacquot, alors que j’avais seulement 16 ans. Et le dernier, l’an dernier, était Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski, à la Quinzaine des cinéastes.

Pour finir, vous avez énormément d’actu à venir, pouvez-vous me présenter chaque projet ?

J’ai tourné dans six films qui sortiront entre 2026 et 2027.
Il y a d’abord I Want Your Sex de Gregg Araki, qui marque notre troisième collaboration, un film qui explore les désirs, les identités et les dérives d’une jeunesse en quête de liberté, avec Olivia Wilde, Cooper Hoffman et Charli XCX.

Vigilante, un film belge d’Olivier Pairoux, avec Eddy de Pretto, qui interroge la frontière entre justice et vengeance dans une société en perte de repères.

Red Flags, un premier film d’horreur anglais réalisé par Bradley Porter, avec Meaghan Martin, qui s’intéresse aux signaux invisibles et aux mécanismes d’emprise dans les relations.

Tempête, un film Amazon d’Édouard Salier, avec Clara Pacini, inspiré de la grande tempête de 1999, à travers le prisme d’une famille confrontée à un basculement irréversible.

Immortelle, un premier film entre thriller et horreur de Pierre-Jean Delvolve, avec Rebecca Marder et Stefan Crepon, autour d’une figure féminine insaisissable, entre obsession et survie.

Et enfin Jésus Léopard, un film de Pierre Trividic et Patrick-Mario Bernard, dont je suis une grande admiratrice, qui plonge dans un univers à la fois étrange, poétique et profondément singulier.

PHOTOGRAPHE:DA : FRANÇOIS BERTHIER
MAKE UP/HAIR : LAURA JANUEL
STYLISME : AUDREY JEHANNO

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