KACEY MOTTET-KLEIN : LE GOÛT DU TERRAIN

Repéré à six ans et demi sur les rives du lac Léman, révélé dans le biopic Gainsbourg, Kacey Mottet-Klein enchaîne les films – souvent français, parfois suisses, toujours loin du microcosme parisien. En tournage avec Bastien Bouillon, il fait un détour par Cannes pour présenter La Bataille de Gaulle. 

Il n’a jamais voulu être acteur. À six ans et demi, une directrice de casting l’a simplement repéré dans la rue. Rencontre avec un acteur qui parle de chance avec une franchise désarmante.

COMMENT TU COMMENCES LE CINÉMA À SIX ANS ?

Je n’ai pas choisi. Une directrice de casting m’a repéré en casting sauvage sur les rives du lac Léman, à Lausanne. Elle cherchait un gamin pour jouer le fils d’Isabelle Huppert dans Home, un film franco-suisse d’Ursula Meier tourné en Bulgarie. C’était ma première introduction au cinéma, et à cet âge-là, je ne pensais absolument pas en faire mon métier. Je voulais être astronaute, policier… tout, sauf acteur.

ISABELLE HUPPERT EN MAMAN, C’ÉTAIT COMMENT ?

Elle a été très gentille. Mais ma vraie figure maternelle sur ce tournage, c’était surtout Ursula Meier, la réalisatrice. On a fait trois autres films ensemble après, quand j’avais 7 ans, 12 ans, 15 ans et 17 ans. Elle a souhaité me voir grandir à l’écran, à différents âges.

À QUEL MOMENT TU TE DIS QUE C’EST VRAIMENT CE QUE TU VEUX FAIRE ?

Vers 15 ans, j’ai commencé à trouver un vrai plaisir dans le jeu et à me dire que c’était quelque chose que je voulais continuer. Mais l’incertitude n’a jamais vraiment disparu, jusqu’à aujourd’hui. Le cinéma, c’est un métier extrêmement aléatoire. On navigue en permanence dans le flou.

TU AS JOUÉ GAINSBOURG ENFANT DANS LE BIOPIC. COMMENT UN ACTEUR SUISSE SE RETROUVE À INCARNER UNE ICÔNE AUSSI FRANÇAISE ?

Je me posais exactement la même question. Je trouvais ça assez étonnant qu’on vienne chercher un Suisse pour ça ; mais c’est ce film qui m’a vraiment ouvert les portes du cinéma français. Et finalement, c’est peut-être précisément parce que j’étais extérieur à ce monde-là que ça a fonctionné.

TU AS AUSSI TOURNÉ DANS UNE SÉRIE SUR LA POLICE SECOURS. ÇA CHANGE QUOI DE JOUER UN FLIC ?

Ce qui était rare avec ce projet, c’est qu’on parlait de police secours, pas des enquêteurs ou de la PJ comme d’habitude. Et surtout, à l’issue du tournage, j’ai pu faire des immersions avec la police suisse : plus d’une dizaine de nuits et de journées sur le terrain. Ça m’a permis de confronter ce que j’imaginais à la réalité. C’était fascinant. Et d’une certaine façon, la boucle est bouclée : le petit garçon qui voulait être policier a fini par l’incarner à l’écran.

CAMILLE COTTIN DIT QUE LE CINÉMA, C’EST 5 % DE CHANCE ET 90 % DE TRAVAIL. TU ES D’ACCORD ?

Pas du tout. Au départ, c’est 90 % de chance, voire plus. En revanche, une fois qu’on est là, le talent et le travail prennent le relais : c’est ce qui fait qu’on dure. Un nepo baby qui joue mal fera peut-être un premier film, mais pas un deuxième, ni un troisième. Sauf que pour entrer dans ce milieu, le travail seul ne suffit pas. Je le vois autour de moi : des gens qui bossent infiniment plus que moi et qui n’y arriveront jamais. Ce n’est pas juste, mais c’est la réalité.

TU REVIENS À CANNES POUR LA BATAILLE DE GAULLE, APRÈS TA PREMIÈRE FOIS POUR HOME, À 8 ANS. TU EN GARDES QUEL SOUVENIR ?

Un souvenir très vague et complètement dingue. On parle de 2008, il y avait sans doute plus de laxisme. Je me rappelle être rentré à une after-party gigantesque au bord de la mer, il y avait des strip-teaseuses dans tous les coins, et on me servait des vodkas dans des verres en glace qu’on pouvait jeter à la mer après. Ma mère était là, je ne sais pas trop ce qu’elle faisait. C’était une introduction au monde du showbiz assez… particulière.

CANNES AUJOURD’HUI, ÇA REPRÉSENTE QUOI POUR TOI ?

Pour être honnête, ça ne représente pas ce que je préfère dans le cinéma. Je suis rentré dans ce métier par hasard et je fonctionne à l’amour du jeu. Les paillettes, le tapis rouge, ce n’est pas ce qui m’attire. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai jamais vécu à Paris ; j’ai habité six ans au Maroc, quatre ans à Bruxelles, et je suis retourné en Suisse. J’ai besoin de distance avec tout ça pour garder les pieds sur terre. Ma petite Suisse me fait du bien. J’adore retrouver mes potes et mon plateau. Mais j’adore quitter ça aussi et me déconnecter. 

ET LE PROJET EN COURS, LA FÊTE SAUVAGE ?

C’est le premier long métrage d’Hadrien Bichet, avec Bastien Bouillon, Souheila Yacoub – suisse aussi – et Amira Casar. Bastien joue un chef étoilé qui vient célébrer sa deuxième étoile Michelin dans sa région natale, avec tout le gratin parisien. Et moi je joue le trouble-fête : quelqu’un du coin, issu d’une famille déshéritée qui possédait autrefois un grand domaine. Je débarque dans cette soirée très feutrée pour y mettre un peu de couleur et de désordre. C’est un tournage d’un mois dans le nord parisien, avec une super équipe.

PHOTOGRAPHE:DA : FRANÇOIS BERTHIER
CO DA FLORA DI CARLO
MAKE UP/HAIR : ELVIRE THUOT

Des experiences et une culture qui nous définissent

Ne ratez aucun article

Inscrivez-vous à notre newsletter