Peter Jackson et Barbra Streisand, deux icônes pour deux Palmes d’or d’honneur

Depuis 1997 et le 50eanniversaire du Festival de Cannes, une Palme d’or d’honneur vient couronner l’œuvre d’artistes devenus des icônes du cinéma. Après Robert de Niro et Denzel Washington en 2025, place à Peter Jackson et Barbra Streisand. 

King Kong Universal

Peter Jackson

On le connaît pour l’impressionnant remake de King Kong sorti en 2005 (avec Naomi Watts, Jack Black et Adrien Brody), et bien sûr pour la trilogie du Seigneur des Anneaux (et sa trilogie préquelle du Hobbit). Si l’on excepte une projection presse (parmi les plus courues de l’histoire du festival) d’une séquence en avant-première de La Communauté de l’anneau en mai 2001, sept mois avant la première mondiale du premier opus de cette trilogie qui allait changer l’histoire du cinéma, aucun film de Peter Jackson n’a jamais été sélectionné sur la Croisette. Pourtant, Cannes est un festival que le néo-zélandais connaît bien. 

En 1988, le jeune inconnu de 26 ans arpentait les couloirs du Marché du Film pour tenter de vendre son premier long métrage, la comédie horrifique particulièrement gore Bad Taste. Autoproduit pour à peine 25 000 dollars, ce drôle de film que Jackson a écrit, filmé, monté et dans lequel il joue même deux rôles fait alors sensation auprès des professionnels – si bien que le film trouve un distributeur un peu partout dans le monde. C’est ainsi dans les travées du Marché du Film de Cannes, ce festival parallèle où l’on trouve de tout, que vient de naître un nouveau cinéaste. Sa carrière aurait pu se dérouler alors en ligne droite, comme celle d’un Sam Raimi océanien. Mais Peter Jackson préfère les chemins de traverse. 

Après avoir satisfait comme on l’attendait les aficionados de comédies trash avec Les Feebles (1989) et le culte Braindead (1992), le cinéaste prend une nouvelle direction avec le drame onirique Créatures Célestes, s’installant dans une tradition plus classique du cinéma d’auteur (le film obtient un Lion d’argent à Venise) et révélant au passage la future star de Titanic, Kate Winslet. Un changement de registre maîtrisé, preuve d’un grand professionnalisme, qui suscite l’intérêt d’Hollywood. 

créatures celestes les films number one

Après avoir été « testé » par Universal avec le très réussi Fantômes contre fantômes, le réalisateur reçoit plusieurs propositions d’envergure des studios : La Planète des singes, Le Seigneur des anneaux et King Kong. Il en réalisera deux sur trois (Tim Burton héritera finalement de La Planète des singes), affirmant au passage sa passion pour les effets spéciaux. Avec Le Seigneur des anneaux, il rend mondialement connus ses compatriotes du studio d’effets spéciaux Weta Workshop. Des Uruk-hai à la cité de Minas Tirith en passant par les mines de la Moria, l’univers imaginé par Jackson d’après Tolkien et réalisé en collaboration avec Weta Workshop appartient aujourd’hui à l’imaginaire collectif de tous les amoureux du cinéma. Si le style de Peter Jackson marque autant, c’est peut-être parce que le réalisateur n’est pas qu’un faiseur de génie : il est aussi un authentique passionné. Et dans sa filmographie se cache un joyau, témoin de cette cinéphilie.

Coréalisé avec Costa Botes en 1995, Forgotten Silver est un documentaire édifiant, révélant que le grand pionnier du cinéma moderne n’est ni Georges Méliès, ni Thomas Edison, ni les frères Lumière, mais Colin McKenzie, un Néo-zélandais du début du siècle inconnu au bataillon. Un documentaire qui se révéla être une supercherie inventée de toutes pièces par les deux compères, mais qui montre surtout leur attachement à leur patrie et un amour passionné du cinéma. Un plaisir de cinéma que n’a jamais renié Peter Jackson, dont la carrière continue de faire le pont entre blockbusters, films plus intimistes (Lovely Bones, en 2009) et, plus récemment, documentaires historiques ou musicaux. Le festival de Cannes ne pouvait que saluer cette personnalité unique et centrale de l’histoire du cinéma contemporain. 

King Kong Universal

Barbra Streisand

Il n’aura fallu que cinq ans à la star américaine pour remplir son « EGOT », le fameux grand chelem des artistes américains, qui consiste à obtenir un prix dans chacune des grandes cérémonies de l’entertainment : Emmy, Grammy, Oscar, et Tony Award. De l’histoire, personne n’a été aussi rapide que Barbra Streisand, récompensée entre 1965 et 1970. 

L’artiste américaine, qui n’est pourtant qu’au début de sa carrière, est alors au sommet : elle sort un album, People (1964), à la première place des ventes aux États-Unis, et obtient un Oscar pour son rôle dans Funny Girl de William Wyler en 1968, adapté de la comédie musicale éponyme qui fut déjà un immense succès à Broadway. Jeune icône des planches new-yorkaises, elle reçoit, en 1970, à seulement 28 ans, un Tony Award d’honneur au titre de « star de la décennie ». 

Funny Girl Columbia

Mais cette carrière fulgurante n’empêchera pas Barbra Streisand de se réinventer. En 1973, elle joue aux côtés de Robert Redford dans le chef d’œuvre Nos plus belles années, récoltant au passage une nouvelle nomination à l’Oscar. Mais surtout, elle passe à la réalisation dès 1983, avec le très étonnant Yentl, drame musical se déroulant en Europe de l’Est au début du siècle, et racontant le destin d’une juive ashkénaze se travestissant en homme pour parfaire son éducation dans une yeshiva. Avec ce récit initiatique porté par une musique sublime de Michel Legrand, Barbra Streisand devient la première femme récompensée par un Golden Globe en tant que réalisatrice. Un prix de plus à sa collection, auquel vient donc s’ajouter tout naturellement une Palme d’or d’honneur. Un super grand chelem. 

Nos plus belles années Park Circus

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