
Avec Le Temps Courrèges, le photographe Peter Knapp revisite l’élan créatif des années 1960 en faisant dialoguer photographie et mode. Ses images, à la fois audacieuses et poétiques, redonnent toute sa modernité à l’esthétique révolutionnaire imaginée par André Courrèges.
À Saint-Paul-de-Vence, la Fondation Maeght consacre une exposition singulière à Peter Knapp, figure essentielle de la photographie de mode, en lui offrant une carte blanche autour de son dialogue avec André Courrèges. Intitulée Le Temps Courrèges, cette présentation explore bien plus qu’un simple vestiaire iconique : elle restitue l’énergie d’une époque où l’art, la mode et l’architecture semblaient parler un même langage, celui du mouvement et de la liberté. Une exposition labellisée « Bicentenaire de la Photographie », qui affirme d’emblée la portée historique du projet.
Lorsque Courrèges dévoile sa collection printemps-été 1965, le choc est immédiat. La presse parle alors de « bombe Courrèges », tant la rupture avec les codes établis est radicale. Minijupe, blanc éclatant, lignes géométriques : le couturier redéfinit la silhouette féminine en la rapprochant de principes architecturaux. Cette modernité, Peter Knapp ne se contente pas de la documenter, il l’interprète. Dans les pages du magazine Elle en mars 1965, il met en scène des corps en suspension, des silhouettes en lévitation, comme arrachées à la gravité. Ces images, devenues emblématiques, constituent le cœur de l’exposition, présentées en quatre grands tirages complétés par d’autres séries, des archives et des tenues généreusement prêtées par la maison Courrèges.


Plus que la mode elle-même, c’est le regard qui parle. Knapp ne photographie pas la mode comme un objet figé, mais comme une expérience vivante. Ses compositions fragmentées, presque cinétiques, traduisent l’optimisme d’une décennie portée par l’idée de progrès. Les vêtements de Courrèges deviennent alors les vecteurs d’un style de vie, d’une vision du monde où la femme incarne une conquête tranquille de l’espace et du temps.
L’exposition s’inscrit aussi dans l’histoire même de la Fondation Maeght, inaugurée en 1964 par André Malraux. Pensée comme un lieu de rencontre entre disciplines, elle accueille dès ses débuts artistes, chorégraphes et créateurs dans un esprit d’échange rare. Courrèges lui-même fréquente le lieu, séduit par ses collections, tandis que Paule Maeght, belle-fille de Marguerite et Aimé, compte parmi ses amis fidèles. C’est en 1978, à l’occasion d’un shooting pour une brochure Courrèges, que Peter Knapp découvre à son tour la Fondation, photographiant les modèles aux côtés des sculptures d’Alberto Giacometti ou devant les aplats d’Ellsworth Kelly. Cette porosité entre les arts est au cœur du projet : ici, la mode ne se regarde pas en marge de l’art, elle en devient une extension naturelle.
L’amitié joue un rôle déterminant dans cette histoire. Celle qui unit Knapp à Courrèges, mais aussi à la famille Maeght — et en particulier à Adrien Maeght, son aîné de deux ans —, nourrit un dialogue fertile sur plusieurs décennies. Le photographe, qui a été en 2021 le commissaire de l’exposition « Giacometti : une famille de créateurs » réunissant les cinq artistes de la famille, incarne cette circulation des regards et des disciplines. Son travail témoigne d’une fidélité rare à un esprit de création fondé sur l’expérimentation et la curiosité.
Aujourd’hui, alors que la maison Courrèges connaît un renouveau sous l’impulsion de Nicolas Di Felice et, depuis mai 2026, de Drew Henry à la direction artistique, cette exposition résonne avec une actualité inattendue. Elle rappelle combien l’héritage de la marque repose sur une vision profondément ancrée dans l’innovation, sans jamais renier ses fondamentaux.
En filigrane, Le Temps Courrèges raconte une époque où tout semblait possible. Les années 1960 apparaissent ici non comme une nostalgie, mais comme une source d’inspiration toujours active. À travers les images de Peter Knapp, c’est une certaine idée de la liberté qui ressurgit, vibrante, presque intacte.
Informations pratiques
Fondation Maeght
623, chemin des Gardettes, 06570 Saint-Paul-de-Vence
Du 14 mai au 8 novembre 2026
Courrèges
40 rue François Ier, 75008 Paris








