Les plus belles silhouettes aperçues à la Fashion Week de Copenhague 

À Copenhague, la mode ne cherche plus seulement à imposer une tendance : elle dessine un nouvel équilibre entre héritage, expérimentation et responsabilité. Pour sa saison printemps-été 2027, la Copenhagen Fashion Week confirme son identité singulière, à la croisée d’une esthétique nordique épurée et d’une scène créative de plus en plus internationale. 

Des silhouettes sculpturales d’Anne Sofie Madsen à l’élégance décontractée de By Malene Birger en passant par l’énergie graphique de Baum und Pferdgarten, les propositions de cette saison témoignent d’une mode qui revendique autant sa personnalité que sa capacité à évoluer. Cette édition met également en lumière des regards qui dépassent les frontières scandinaves. IAMISIGO apporte une dimension culturelle et artisanale fortement ancrée dans son identité, tandis que Studio Constance explore une approche plus intuitive et contemporaine de la silhouette. Cinq maisons, cinq écritures, mais un même fil conducteur : celui d’une mode qui préfère la singularité à l’uniformité et qui fait de Copenhague un laboratoire privilégié pour imaginer le vestiaire de demain.

Studio Constance 

Pour sa collection printemps-été 2027, présentée le 4 août dernier, Studio Constance étoffe sa définition d’un luxe contemporain, sensuel et affranchi des conventions. Fondée à Stockholm par la créatrice suédoise Rebecca Dovenryd Almberg, la maison a fait cette saison son entrée dans le programme CPHFW NEWTALENT, consacrant l’ascension d’un label qui revendique une vision instinctive de la féminité. Prenant place dans l’intérieur cylindrique en béton d’un ancien château d’eau désaffecté, le défilé abandonne les codes rassurants du vestiaire scandinave pour leur préférer une atmosphère presque théâtrale. Les silhouettes semblent surgir d’un autre temps : femmes en déshabillés, figures de cour égarées, volumes de paniers inspirés du XVIIIe siècle et robes volontairement déstructurées composent une galerie de personnages à la fois romantiques, étranges et profondément contemporains.

Cette opposition entre sophistication et désordre est au cœur de l’expression de Studio Constance. Les pièces structurées côtoient des matières plus légères et transparentes, tandis que le denim, les tricots et les vêtements d’extérieur, éléments essentiels de l’identité de la marque, sont réinterprétés dans des proportions plus audacieuses. Les paniers, notamment, apparaissent comme des pièces autonomes plutôt que comme de simples détails de silhouette, brouillant encore davantage la frontière entre costume historique et mode actuelle.

Derrière cette esthétique volontairement provocante se trouve une philosophie que la marque qualifie de luxe sauvage qui refuse le conformisme. Studio Constance défend une garde-robe pensée pour durer, être réutilisée, recyclée et revendue, tout en plaçant le savoir-faire et la précision au centre de sa proposition. La collection printemps-été 2027 marque ainsi une évolution pour Rebecca Dovenryd Almberg : moins attachée à la fonctionnalité pure du vestiaire nordique, elle assume davantage le récit, le fantasme et le jeu des personnages. Avec pour résultat une mode féminine qui ne cherche pas à dompter le corps, mais à libérer ce qu’il peut exprimer : sensualité, contradiction, puissance et instinct.

instagram.com/studio_constance

IAMISIGO 

Le 6 août dernier, la créatrice nigériane Bubu Ogisi présentait pour IAMISIGO sa collection printemps-été 2027, « Sacred Ecologies ». Dévoilée au Lab pendant la Copenhagen Fashion Week, cette nouvelle proposition confirme la place singulière de la maison dans une mode africaine contemporaine qui refuse de choisir entre héritage, expérimentation et engagement. Avec « Sacred Ecologies », Ogisi interroge la relation entre le corps et la terre, non pas comme une vision romantique de la nature, mais comme un espace de résistance, de mémoire et d’identité. Le vêtement devient ainsi une interface entre l’individu, son histoire et son environnement. Une approche profondément politique, mais qui s’exprime avant tout par la matière et le geste. La collection puise dans un panel artisanal panafricain : fibres de bananier venues d’Ouganda, sisal de Tanzanie, aluminium recyclé du Kenya et coton nigérian composent une garde-robe où chaque surface semble conserver la trace de sa fabrication. Chutes de tissus, crochet, tressage et volumes sculpturaux se rencontrent dans des silhouettes qui abolissent volontairement les limites entre mode, objet et œuvre d’art. Cette matérialité est au cœur du langage d’IAMISIGO. Installée entre Lagos, Nairobi et Accra, la maison défend un slow design fondé sur la transmission de savoir-faire souvent menacés de disparition. Ici, l’artisanat n’est pas un simple ornement : il constitue la structure même du vêtement et devient un moyen de préserver des histoires culturelles. À Copenhague, cette démarche prend une dimension supplémentaire. En confrontant les traditions textiles d’Afrique de l’Ouest et de l’Est à un contexte nord-européen, Bubu Ogisi transforme le défilé en territoire de rencontre. « Sacred Ecologies » ne cherche donc pas seulement à habiller le corps : elle imagine le vêtement comme une forme d’armure intime, capable de protéger, de transmettre et de rappeler notre appartenance à un monde plus vaste.

instagram.com/iamisigo

By Malene Birger 

Pour son retour sur le calendrier officiel de la Copenhagen Fashion Week, après six années d’absence, By Malene Birger choisit de renouer avec ses racines tout en entamant une nouvelle étape de son histoire. Présentée le 4 août dans le cadre intime de Friheden, une résidence privée intensément liée à l’identité de la maison, la collection printemps-été 2027 s’intègre dans une réflexion autour de l’été, de la lumière et du temps qui passe.

Imaginée au cœur de l’hiver, la collection naît d’un désir de chaleur et de lumière. L’été apparaît d’abord comme un souvenir, une sensation que l’on anticipe avant même qu’elle ne devienne réalité. Au centre de cette vision, le soleil devient à la fois muse et métaphore : symbole d’optimisme et de renouveau, il évoque les moments de transition entre les saisons, entre ce qui appartient au passé et ce qui reste encore à venir.

Cette dimension presque contemplative se retrouve dans une silhouette qui revendique l’élégance fluide et le minimalisme recherché caractéristiques de la maison. Les volumes, les matières et les détails féminins construisent un vestiaire pensé pour durer, où le raffinement ne s’oppose jamais à une forme de facilité. By Malene Birger décrit elle-même son approche comme un minimalisme scandinave sophistiqué, privilégiant les tissus raffinés, les détails féminins et des silhouettes conçues dans une logique de longévité. Pour cette nouvelle collection, la direction créative d’Emilie Martinsen-Kønigsfeldt, accompagnée de la head of design Sydney Roark, fait évoluer les codes établis de la maison. Le choix de revenir à Copenhague prend dès lors une dimension symbolique. Après six ans loin du podium de la Fashion Week, By Malene Birger revient « chez elle », entre héritage et projection. La collection semble fonctionner sur ce même schéma : regarder derrière soi sans nostalgie, et utiliser le passé comme un point de départ plutôt que comme une destination. By Malene Birger propose ainsi un vestiaire estival qui privilégie l’atmosphère à l’effet spectaculaire. Une collection lumineuse et introspective, où la douceur de l’été devient une manière de penser le temps, le souvenir et le renouvellement d’une maison emblématique de la mode danoise.

bymalenebirger.com

Baum un Pferdgarten 

Pour le printemps-été 2027, Baum und Pferdgarten présente « After the Rehearsal », une collection dévoilée à Copenhague le 5 août. Le titre donne immédiatement le ton : celui d’un moment suspendu, lorsque la répétition est terminée mais que l’énergie, les mouvements et les personnages continuent d’exister. Pour cette nouvelle saison, la maison danoise transforme ainsi le vestiaire en un jeu de contrastes, où le quotidien rencontre une forme de théâtralité. Le défilé, présenté à King’s Garden, se fond dans cette atmosphère presque chorégraphique. La collection joue avec les codes de la scène et du mouvement, tout en conservant l’approche accessible et spontanée qui caractérise Baum und Pferdgarten. Les silhouettes semblent pensées pour accompagner le corps plutôt que le contraindre, entre pièces structurées, volumes souples et superpositions inattendues. Parmi les propositions fortes de la saison, les Bermudas occupent une place centrale. Longs, amples et portés comme de véritables pièces de tailoring, ils confirment une tendance particulièrement visible à Copenhague pour le printemps-été 2027. Chez Baum und Pferdgarten, ils sont associés à des éléments plus sophistiqués ou décontractés, s’adaptant aussi bien à une tenue de jour qu’à une silhouette plus habillée. La collection s’appuie également sur un travail desuperposition, autre fil conducteur de cette Fashion Week. Les vêtements ne sont pas nécessairement portés comme ils ont été imaginés : une pièce peut devenir une couche, une ceinture ou un élément décoratif, créant des silhouettes plus libres et personnelles. Cette approche rejoint l’un des grands mouvements observés cette saison à Copenhague, où le stylisme devient presque aussi important que le vêtement lui-même. Avec « After the Rehearsal », Baum und Pferdgarten présente ainsi une vision de la mode où la sophistication n’exclut jamais le jeu. La maison transforme les codes du quotidien en compositions plus théâtrales, sans perdre cette facilité propre au style scandinave. Une collection qui suggère qu’après la répétition, lorsque les règles sont enfin oubliées, commence peut-être le véritable spectacle.

baumundpferdgarten.com

Anne Sofie Madsen 

À la Copenhagen Fashion Week, Anne Sofie Madsen présente pour le printemps-été 2027 une collection qui regarde résolument vers l’avenir, intitulée « The New Desire ». Anne Sofie Madsen s’intéresse à une question aussi simple que radicale : que pourrait-on encore imaginer ? Face à une mode souvent fascinée par la nostalgie et la réinterprétation du passé, la créatrice choisit de déplacer le regard vers les possibles. Le désir devient ici une force de projection, capable d’ouvrir de nouvelles façons de vivre, de se vêtir et d’habiter le corps. Cette réflexion se traduit dans les vêtements par un travail précis autour du carré, devenu la structure fondamentale de la collection. Sans devant ni derrière, sans orientation imposée, il constitue une forme volontairement ouverte que la construction vient ensuite transformer. Le tailoring introduit ainsi une direction sans jamais figer complètement la silhouette. Des sections sont ajoutées, retirées ou déplacées, perturbant les formes familières et donnant aux vêtements une dimension presque architecturale. La collection joue également sur la transformation du quotidien. Anne Sofie Madsen collabore avec Nike pour réinterpréter des T-shirts issus de la collection de la marque. Superposés, déconstruits et recouverts de couches transparentes, certains deviennent de nouvelles compositions graphiques, tandis que d’autres se transforment en robes. Le sportswear quitte alors sa fonction première pour s’aventurer sur un territoire plus expérimental, entre vêtement utilitaire, féminité et construction sculpturale. Avec « The New Desire », Anne Sofie Madsen signe une collection où déconstruire revient à ouvrir. Plutôt que de chercher à reproduire ce qui existe déjà, la créatrice propose de considérer le vêtement comme un espace de liberté : une forme en devenir, capable de suggérer que le futur reste encore à inventer.

instagram.com/annesofiemadsenstudio

De collection en collection, cette édition printemps-été 2027 confirme que la force de Copenhague réside moins dans une esthétique immédiatement identifiable que dans la diversité des voix qu’elle rassemble. Anne Sofie Madsen, Baum und Pferdgarten, By Malene Birger, IAMISIGO et Studio Constance proposent chacune une vision différente du présent, entre sophistication, expérimentation, artisanat et liberté de construction. Au-delà des tendances, ces cinq signatures dessinent surtout une nouvelle manière d’envisager la mode : plus personnelle, plus ouverte et attentive aux histoires comme aux savoir-faire qui la nourrissent. C’est peut-être là que se trouve aujourd’hui l’attrait de la scène danoise : dans sa capacité à faire cohabiter la précision scandinave avec des imaginaires multiples, et à transformer Copenhague en véritable terrain d’expérimentation pour la mode internationale.

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