L’exposition engagée de l’artiste Alioune Diagne : « Saytu »

Le portrait d’une Afrique éclectique à travers des récits visuels où se mêlent signes, couleurs et émotions.

Sous l’arbre sacré, 2025, Acrylique sur toile | acrylic on canvas, 145 × 210 cm, Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York.

Alioune Diagne est un artiste sénégalais né en 1985, dont la pratique créatrice s’intéresse à l’exploration profonde des enjeux contemporains, notamment en Afrique. Son travail se distingue par une approche qui trouve racine dans la calligraphie : il crée des images figuratives à partir d’une multitude d’éléments abstraits, petits cercles et traits agrégés les uns à côté des autres, qu’il nomme « signes inconscients ». Ce processus technique nommé « figuro-abstro » apporte un effet voilé sur chacune de ses grandes représentations, et le spectateur doit prendre le recul nécessaire pour observer intégralement ces compositions où se mêlent mémoires individuelles et collectives. Ses peintures mettent en lumière plusieurs problématiques du monde actuel telles que le racisme, la place des femmes, la transmission et le patrimoine ou encore l’écologie. 

La première ligne, 2025, Acrylique sur toile | acrylic on canvas, 156 × 216 cm, Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York.

Représenté par la galerie Templon depuis 2022, Alioune Diagne présente jusqu’au 18 juillet 2026 l’exposition « Saytu » – terme wolof qui signifie chercher, inspecter, pour trouver puis conserver ce qui est précieux. Pendant deux ans, il a parcouru le Sénégal pour partir à la découverte de régions isolées où vivent des communautés minoritaires, dépositaires de fortes traditions. Les recherches ont débuté en pays Bassari, puis chez les Bédik, les Dialonkés et enfin les Coniaguis, où il a dressé des portraits réalistes en observant les coutumes ancestrales. Au cours de l’exposition, on découvre notamment comment l’artiste a retranscrit en peinture les danses et les chants qui alimentent les différents rites, et les masques qui accompagnent les costumes. Chacune de ces présences rythme la vie de ces tribus affranchies de la mondialisation et de son capitalisme. 

En transposant ces fragments de vie et l’effervescence des rites spirituels en portraits, Alioune Diagne fige des moments précieux mettant en avant l’unité et la patrie plutôt qu’une individualité soumise aux logiques d’un monde globalisé. Son écriture picturale réinvente une culture peu accessible à travers un prisme différent et une technique proche du pointillisme. L’artiste tient à préserver certaines traditions menacées à travers une exposition centrée sur l’individu et sa communauté. Les peuples africains sont victimes d’un mépris occidental et d’une modernisation accélérée de nos usages. Les pratiques ancestrales qui touchent au corps, au savoir-faire et à la communion s’effacent peu à peu des mémoires. 

La foule qui danse, 2025, Acrylique sur toile | acrylic on canvas, 156 × 216 cm, Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York.

Au cœur de cet équilibre chromatique, les traits des visages se dessinent subtilement sans qu’on puisse distinguer précisément ces derniers. Cet anonymat relatif dépasse l’individualité pour mettre en lumière la communauté et rend hommage à toutes les personnes que Diagne a rencontrées au cours de son voyage. Les détails des vêtements et des accessoires insufflent une singularité à chaque portrait, transformant l’exposition en véritable carnet de voyage. Oscillant entre abstraction et figuration selon l’angle de vue, Alioune Diagne souligne les différentes manières d’observer une œuvre. Le spectateur est invité à déchiffrer indépendamment chaque élément constituant le corps, la tenue, puis la communauté forgée par cette culture colorée et vibrante. 

Les 100 portraits réalisés pour son installation Faces/Time racontent chacun un récit singulier, révélant des traditions méconnues encore préservées des influences extérieures, mais désormais fragilisées et menacées de disparition. Faute de transmission, les principaux enjeux de ces communautés résident dans la préservation de leurs héritages culturels face à une croissance exponentielle de la mondialisation couplée à un capitalisme omniprésent. La dynamique instaurée dessert drastiquement les peuples, contraints de dépendre davantage du numérique et de ses dérives. 

Les danseuses Bassaris (Eyok), 2025, Acrylique sur toile | acrylic on canvas, 124 × 182 cm, Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York.

À travers l’exposition « Saytu », Alioune Diagne dépasse la simple représentation esthétique pour proposer une véritable réflexion sur la mémoire, la transmission et la fragilité des traditions face aux mutations contemporaines. Grâce à son langage pictural singulier, construit autour de ses « signes inconscients », l’artiste invite le spectateur à prendre le temps de saisir toute la profondeur humaine et spirituelle des communautés qu’il représente. En donnant une visibilité à des peuples souvent absents des récits occidentaux, Diagne transforme la peinture en un espace de dialogue et de préservation culturelle.

« Saytu »

Galerie Templon 

28, rue du Grenier-Saint-Lazare, Paris 3

Jusqu’au 18 juillet 2026 

templon.com

@galerietemplon

aliounediagne.com

@aliounediagne_officiel

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