
Entre dessin, photographie et outils numériques, Nancy Poeran construit des figures fragmentées qui semblent se transformer sous nos yeux. L’artiste néerlandaise ne cherche pas à reproduire fidèlement le réel, mais à révéler ce que notre regard projette sur les autres.
Que voyons-nous réellement lorsque nous regardons une personne ? Une silhouette, un visage, une attitude, mais aussi tout ce que notre mémoire, notre sensibilité et nos préjugés viennent déposer sur cette image. C’est dans cet espace incertain, entre ce qui est montré et ce qui est interprété, que Nancy Poeran développe son travail. Ses figures apparaissent, se dérobent et se recomposent, comme si aucune identité ne pouvait être enfermée dans une représentation définitive.

Diplômée de la Fotoacademie d’Amsterdam en 2023, l’artiste travaille à la rencontre de trois temporalités. Le dessin à la main évoque l’un des gestes les plus anciens de l’histoire de l’art. La photographie appartient à notre manière contemporaine de saisir le monde. Les outils numériques, enfin, ouvrent de nouvelles possibilités de transformation. Pourtant, aucune de ces techniques ne domine véritablement les autres : elles interviennent successivement dans un processus où l’artiste conserve la maîtrise du regard, du choix et de la composition.
Tout commence par la photographie et par des esquisses dessinées à la main. Nancy Poeran fragmente ensuite les formes, les superpose et les déplace. L’intelligence artificielle peut intervenir au cours de cette recherche, mais uniquement comme un outil supplémentaire, susceptible d’introduire un accident, une variation ou un détail inattendu. Elle ne crée pas l’œuvre à la place de l’artiste. L’intention, la sélection des images, leurs transformations et leur construction finale demeurent celles de Nancy Poeran. La technologie enrichit le processus sans en devenir le sujet.

Cette distinction est essentielle pour comprendre son travail. Ses images ne cherchent pas à célébrer une performance technique, mais prolongent une interrogation beaucoup plus ancienne sur la représentation du corps et la complexité de l’identité. Les influences du cubisme et du surréalisme, notamment celles de Pablo Picasso et de Georges Braque, se perçoivent dans la manière dont les points de vue se croisent et dont les volumes semblent exister simultanément sous plusieurs angles. Mais Nancy Poeran développe un langage plus silencieux, débarrassé du décor et presque entièrement concentré sur la présence humaine.

Dans ses compositions en noir et blanc, les corps perdent leurs contours habituels : une épaule devient une courbe, un visage se transforme en surface translucide, tandis qu’une robe paraît se dissoudre dans l’espace. Certaines silhouettes possèdent la légèreté d’un voile ou d’une feuille de papier pliée ; d’autres, plus sombres, semblent traversées par une tension intérieure. La transparence ne révèle pas davantage le modèle : elle multiplie au contraire les strates, les ambiguïtés et les interprétations possibles.

Cette esthétique épurée n’est donc jamais simplement décorative. Derrière l’élégance des lignes se pose une question profondément humaine : quelle part de l’autre pouvons-nous réellement connaître ? Les figures ne racontent aucune histoire précise et ne livrent presque aucun indice biographique. Cette absence permet au spectateur de compléter lui-même l’image. Mais elle lui fait également prendre conscience de ses propres projections. Regarder devient alors une expérience active, parfois troublante.
Depuis sa sortie de la Fotoacademie, Nancy Poeran a rapidement présenté son travail dans de nombreux rendez-vous internationaux, parmi lesquels Art Rotterdam, PAN Amsterdam, PAD London, le Festival Off des Rencontres d’Arles et la Seattle Art Fair. Plusieurs distinctions ont également accompagné ce parcours, dont le prix du jury de la Kunst10daagse de Bergen en 2024 et une médaille d’or aux Black and White Photo Awards.

À l’automne 2026, plusieurs expositions permettront de découvrir une œuvre qui relie le geste ancien du dessin, le regard photographique contemporain et les nouveaux outils de l’image. Chez Nancy Poeran, la technologie ne remplace jamais la création : elle l’accompagne et l’aide à rendre visible ce qui, dans l’identité humaine, demeure insaisissable.
Expositions :
KUNST 10 DAAGSE – Kunst MIN Hallen, Bergen
Du 16 au 25 octobre 2026
WARNARS & WARNARS, Haarlem
Du 10 octobre au 14 novembre 2026
PAN AMSTERDAM – Hungry Eye Gallery, Amsterdam
Du 1er au 8 novembre 2026
AFFORDABLE ART FAIR – Warnars Art Dealers, Amsterdam
Du 25 au 29 novembre 2026
(re)Discoveries Club Strozzi, Zuidas, Amsterdam
Du 26 au 29 novembre 2026








