À Bergharen, l’atelier néerlandais Van Rossum entame un nouveau chapitre de son histoire en réunissant Studio KO, Christophe Delcourt, Pieter Maes, Thomas Haarmann et Xavier Dohr autour de thèmes communs : l’arrondi, la masse, le geste lent.


Une collection où le bois massif et le marbre composent une représentation tactile de la patience. Il y a, dans la campagne de la Gueldre, un atelier où on travaille comme on respire. Depuis 1978, Van Rossum y façonne du bois massif avec la lenteur d’un artisanat assumé, qui se mesure davantage en saisons qu’en cycles industriels. Le chêne français certifié, provenant d’arbres d’au moins 50 ans, repose deux ans avant de rejoindre les chambres à climat contrôlé de l’atelier où il sèche encore jusqu’à douze mois. Cette discipline du temps, longtemps maintenue à l’écart des projecteurs, s’apprête à connaître une exposition nouvelle : la maison familiale entend désormais élargir le périmètre de sa proposition, faire entrer dans ses pages une vision plus complète de l’habitat contemporain. La démarche prend la forme d’une collection où chaque pièce dialogue avec ses voisines comme les chapitres d’un même récit.


L’angle d’attaque tient en une obsession : l’arrondi. Non pas la courbe spectaculaire des années 1960, mais une douceur érodée, presque géologique, comme si chaque pièce avait été polie par le temps. Cette grammaire trouve son emblème dans la bibliothèque Patine du designer belge Pieter Maes, structure subtilement courbe aux étagères en porte-à-faux, soutenue par des colonnes vertébrales apparentes. Le chêne français y est traité dans une finition bleu Alice brossé, un bleu poudré qui évoque le pastel délavé d’une fresque ancienne. Maes parle de formes ramenées à leur essence par l’usure ; on y devine l’influence d’objets archaïques, dont la beauté tient à ce que les arêtes ont disparu sous la caresse des mains.


La même intuition guide le fauteuil Cairn signé du Studio KO. Le piétement en chêne ou noyer massif sert de socle à une assise généreusement rembourrée, traversée par un seul accoudoir-dossier qui décrit une enveloppe asymétrique d’une grande sensualité. Détails en laiton patiné bronze, cuir velours encre noire, finition chêne poivre noir : tout y est calibré pour évoquer la structure de pierre à laquelle le fauteuil emprunte son nom – accumulation lente, équilibre instable, présence rassurante.

Christophe Delcourt, lui, mise sur l’ancrage. Sa table Romy, longue silhouette en chêne brûlé brossé d’un brun ambré profond, repose sur deux pieds sculpturaux fendus en leur centre, comme une roche calcaire patinée par l’eau. Le plateau s’amincit en chanfrein discret, détail presque imperceptible qui allège la masse sans la trahir. Pour l’entourer, l’éditeur parisien décline la chaise Abi, dont l’assise capitonnée se niche dans un cadre de chêne sans rupture, tandis qu’une lanière de cuir vient ceindre les montants du dossier – détail d’une précision sellier. Le velours bleu pigeon de la version présentée joue contre le bleu Alice de la bibliothèque dans un jeu chromatique qui définit la palette de la collection : des bleus poudrés, des bruns chauds, des noirs profonds.

À cette table, la chaise Kitale de Xavier Dohr propose une silhouette plus géométrique, où les bras sculptés et les pieds fuselés révèlent un cadre d’une rigueur calme. Plus loin, la table de bar Barrel imaginée par Thomas Haarmann élève la conversation avec son piètement en chêne massif, son plateau à profil affiné et son bord adouci. Le même créateur signe l’objet le plus rare de l’ensemble, la table basse Curvum, déclinée en marbre Castleton et éditée à six exemplaires numérotés. Basse, compacte, presque ramassée sur elle-même, elle se lit comme un seul bloc, une masse continue dont les arêtes ont été effacées. C’est, en quelque sorte, le résumé de la collection entière. Van Rossum ne cherche pas à séduire par l’effet ; la maison défend une beauté qui se découvre lentement, à mesure que le bois s’éclaircit avec les années. Une école patiente du design, qui rappelle que les meubles les plus modernes sont parfois ceux qui n’ont jamais cessé d’être anciens.








