
Hier, le Grand Palais s’est transformé en forêt chimérique. Des lianes montant jusqu’au plafond, des fleurs démesurées explosent dans tous les coins, et au milieu de ce décor, Matthieu Blazy présentait mardi sa deuxième collection haute couture pour Chanel. 63 silhouettes plus tard, le verdict est sans appel : la Blazymania ne faiblit pas.


Un conte pour fil conducteur
Tout part d’un livre trouvé dans la bibliothèque de Gabrielle Chanel : Les Fées, Contes des Contes, un petit volume qui a suffi à orienter toute la collection. Le créateur franco-belge de 42 ans a choisi Jack et le Haricot Magique comme fil rouge, et la référence irrigue chaque détail : des haricots perlés incrustés dans les talons aux motifs quadrillés rappelant les codes chromatiques du conte. Des sacs en forme d’oursons, un canard se transformant en cygne au fil d’une rangée de boutons, des talons sculptés d’où s’échappent des papillons bleus et des lianes : autant de clins d’œil discrets à un imaginaire enfantin qui ne verse jamais dans le kitsch.

Le mannequin qui a ouvert le défilé, devant un parterre réunissant Tilda Swinton, Pedro Pascal, Alexa Demie ou encore Imane Khelif, tenait dans la main ce livre ayant appartenu à la fondatrice de la maison. Un geste simple, mais éloquent.


Le tweed réinventé
Le tweed, matière signature de Chanel, est au cœur du propos, mais Blazy continue de le bousculer. Cette saison, il apparaît déstructuré, flirtant avec le tartan, ou se fait irisé, métallisé. Sur le tailleur classique, il glisse vers la transparence : un soutien-gorge rouge affleurait sous un tweed translucide. Les proportions changent aussi : jupes raccourcies, boutons, vestes découpées.


La nature comme matière
Ce qui frappe à la lecture des silhouettes, c’est la cohérence avec laquelle le végétal s’est infiltré partout. Les fleurs du décor répondaient à celles brodées sur les pièces. On a pu distinguer des encolures, des broderies, des perlages fleuris. Une robe longue parme, fluide et sans manches, était parsemée de fleurs en relief rouge et blanc qui semblaient pousser sur le tissu. Plus loin, un manteau entièrement composé de fils dorés et de paille effilée, chapeau assorti, évoquait autant l’épouvantail que la divinité végétale. La nature ici n’est pas un motif : c’est une matière à part entière.




La collection s’achève sur une robe de mariée : un top en guipure fleurie, une jupe évasée en tulle et un long voile couvrant le visage. Elle tient un bouquet à la main.


Jeux de transparence et lingerie dehors
Blazy poursuit sa réflexion sur la transparence, entamée dès le printemps-été 2026. Les dessous affleurent sous les jupes mi-longues crochetées, sous les robes d’organza. Une robe asymétrique gris perle, à l’épaule unique ornée d’une broche de chaînes dorées, laissait deviner les lignes du corps sous le voile de soie. La lingerie sort de l’intimité, avec la désinvolture d’un vêtement qui aurait toujours su qu’il méritait d’être vu.


Les accessoires
Les chaussures méritent une attention particulière. Le slingback bicolore, revisité dans des tons lamés, dragée ou verts irisés, affirme son retour, tandis que certains talons se muent en véritables sculptures : papillons en résine, roses sculptées, figurines minuscules nichées à la base du talon. Le pied devient jardin. Les sacs, eux, oscillent entre talisman et trompe-l’œil, dans la continuité des saisons précédentes où Blazy avait déjà proposé des clutches en forme de gobelets de café ou des cabas XXL en raphia.


Matthieu Blazy ne cherche pas à révolutionner la haute couture. Il choisit plutôt de la raconter autrement, comme une histoire que l’on écouterait à voix haute, une histoire dont on n’a pas envie de voir la fin.


Chanel Haute Couture automne-hiver 2026-2027 – Grand Palais, Paris, 7 juillet 2026







