HAUTE COUTURE AUTOMNE-HIVER 2026-2027 : QUATRE COLLECTIONS QUI RÉINVENTENT LA COUTURE

© Getty Images

Du 6 au 8 juillet 2026, Paris a une nouvelle fois imposé sa suprématie comme capitale mondiale de la haute couture. Entre abysses marines, bals masqués, art conceptuel et forêts enchantées, quatre maisons ont particulièrement marqué cette édition.

© Courtesy of Dior

Schiaparelli

C’est Schiaparelli qui a ouvert la semaine, comme à son habitude. Daniel Roseberry, dans sa lettre d’intention, distribuée aux invités avant le défilé, racontait une crise créative. Après le succès de sa collection précédente, L’Agonie et l’Extase, le directeur artistique texan avait essayé de reproduire la même formule : voyage, inspiration, révélation, collection. Tentative avortée. Il s’est retrouvé dans ce qu’il décrit comme un cercle stérile où rien de nouveau ne pouvait émerger. C’est en se tournant vers Elsa Schiaparelli elle-même, proche des surréalistes Salvador Dalí, Jean Cocteau, Man Ray et Meret Oppenheim, qu’il a trouvé la sortie. Il a intitulé cette collection L’appel du vide.

La grande galerie d’un monument parisien de 1900 accueillait ce matin-là un parterre de personnalités, tandis qu’un immense miroir servait de podium, réfléchissant les fresques de Georges Picard au plafond. Ce qui a suivi était une plongée dans les abysses marines. Loin des soies et des satins traditionnels de la haute couture, Roseberry a travaillé le latex, le silicone et des nappes de peinture cuites au four puis sculptées en silhouettes. 

Des tentacules en latex s’enroulent autour des épaules. Une robe en tulle se couvre de pois en silicone qui évoquent une méduse. Et pour clou de collection, une robe représentant un corail vivant au fond de l’océan : un bustier moulé en jersey recouvert de silicone laqué, orné de tentacules en crin couleur chair et de bouquets miniatures brodés et façonnés à la main, 9 850 heures de travail selon la maison. La dernière silhouette, elle, associe un bustier moulé en silicone blanc émaillé à effet porcelaine et une jupe à franges traversée de fins fils lumineux qui diffusent une lumière jaune et chaude.

Delphine Bellini, directrice générale de la maison fondée en 1927 et propriété de Diego Della Valle depuis 2007, précisait à l’issue du défilé que les équipes n’avaient commencé à travailler sur ces techniques qu’il y a quatre à cinq mois. 

schiaparelli.com

@schiaparelli

Iris Van Herpen

Si Schiaparelli explore de nouveaux matériaux, Iris Van Herpen franchit carrément les frontières de l’état de la matière. La créatrice néerlandaise a présenté sa collection Sonic Starquakes à l’Élysée Montmartre, salle de spectacle du 18ᵉ arrondissement, dans la pénombre, ce qui était nécessaire pour voir ce qu’elle avait conçu.

Van Herpen est la première designer à avoir intégré du plasma dans un vêtement. La robe Helix Nebula est couverte de 10 000 sphères irisées soufflées à la main, fixées de manière invisible à du tulle illusion à l’aide de lumière UV. Deux tubes de verre moulés autour des épaules contiennent du plasma rouge orangé qui réagit au toucher humain : lorsque la robe est portée, le corps devient un conducteur du champ électrique, le modifiant en temps réel. La créatrice décrit elle-même la pièce comme un pas vers une haute couture qui n’existerait que sous forme d’atmosphère.

Une seconde pièce lumineuse a complété ce programme : une mini-robe bustier en polyméthacrylate de méthyle. Elle a été soumise à un champ électrique quelques jours avant le défilé, puis conservée par cryogénie à moins 100 degrés Celsius.

L’ensemble de la collection s’inspire des étoiles qui vibrent différemment selon leur taille, phénomène appelé starquake. Les 17 robes de la collection défilaient sur un sol bouillonnant de glace carbonique, dans une palette allant du noir de minuit au vert cobalt, du rouge nébuleux à l’argent éclairé par l’orage.

irisvanherpen.com

@irisvanherpen

Dior

Ce lundi après-midi au Musée Rodin, Jonathan Anderson dévoilait sa collection Dior haute couture avec une information en coulisses que la presse n’avait pas manqué de noter : les mariés Taylor Swift et Travis Kelce, célébré vendredi au Madison Square Garden à New York, étaient en Dior. Anderson s’était rendu à New York pour habiller la pop star, et était rentré à Paris la veille du défilé. 

Pour la collection elle-même, Anderson s’est penché sur l’œuvre de Lynda Benglis, plasticienne américaine de 84 ans dont il admire le travail depuis longtemps, il avait déjà collaboré avec elle lorsqu’il dirigeait Loewe. Plus précisément, il s’est intéressé à une série de sculptures récemment présentées à Londres, retraçant la vie de l’artiste entre Santa Fe et l’Inde, et intitulée Peacock. Commencée à la fin des années 1970, elle est inspirée des paons qu’elle observait dans le domaine de la famille Sarabhai à Ahmedabad.

Le principe qu’Anderson a tiré de l’œuvre de Benglis : la matérialité, le pliage, le fait de prendre des éléments précieux ou féminins pour les tordre sur eux-mêmes. Appliqué aux pièces emblématiques de Dior, cela donne 66 silhouettes riches de couleurs et de matières. 

Un manteau Opéra en satin de soie noir plissé Fortuny drapé d’un gros nœud. Un tailleur Montparnasse en lainage pied-de-poule avec sa jupe portefeuille structurée. Un bustier en satin métallisé froissé semblable à une boule de papier. Un manteau en cachemire plissé soleil rouge sang à bord effiloché à la main, clin d’œil au modèle Arizona de Christian Dior de 1948. Le défilé se tenait dans une structure décorée de fougères ouverte sur le jardin du Musée Rodin, sur une non-musique ponctuée de bruits d’oiseaux et de la voix de l’artiste.

© Courtesy of Dior

dior.com

@dior

Armani Privé

Au Palazzo Armani, hôtel particulier du XIXᵉ siècle de la rue François Ier, Silvana Armani présentait Boudoir, sa deuxième collection haute couture en tant que directrice artistique de la maison fondée par son oncle Giorgio. Pour sa première collection couture de janvier 2026, elle avait exploré quarante nuances de vert dans un exercice résolument studieux. Ici, elle referme les portes et réduit la palette : les silhouettes avancent dans des noirs profonds, des bruns, des bordeaux, des verts et des bleus irisés presque imperceptibles à distance.

La collection s’intitule Boudoir, ce refuge intime où la femme se prépare loin des regards. Les vestes tailleur, signature intemporelle d’Armani, dialoguent avec des robes longues aux constructions architecturales. Les épaules sont nues ou finement carrées. Les pantalons sont amples et fluides, allant du velours chatoyant au crêpe de soie. Des motifs apparaissent périodiquement, brodés avec une précision qui les rend presque furtifs.

Des applications de pierres illuminent les silhouettes, autant que les accessoires.

armani.com

@giorgioarmani

Ashi Studio

Le mardi soir, Mohammed Ashi célébrait les vingt ans de sa maison fondée en 2007 en Arabie Saoudite, dont l’atelier a été transféré à Paris en 2018, avec une collection intitulée Behind Every Mask Is Another Mask. Ashi est le premier créateur du Golfe à avoir rejoint le calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode comme membre invité, en 2023. Il est aussi le premier designer du Golfe à figurer dans le BoF 500, l’index de Business of Fashion des personnes qui façonnent l’industrie de la mode.

Pour cette édition, il s’est intéressé aux grandes fêtes masquées de l’histoire : de la Florence de la Renaissance au bal légendaire que Carlos de Beistegui avait organisé en 1951 au Palazzo Labia à Venise ; pour explorer les thèmes de l’identité, du camouflage et de la transformation. Le corps humain comme quelque chose que l’on peut remodeler et protéger : ses silhouettes suggèrent des armures, équilibrant force et fragilité.

Plumes, corsets sculpturaux, structures en forme de coquillage, voiles, franges et finitions brillantes transforment les mannequins en figures presque surnaturelles. La palette tourne autour du noir, de l’ivoire et du champagne, ponctuée de broderies et de métallisés. Satin, tulle, dentelle et jacquard sont omniprésents, avec certaines pièces intégrant des plumes, des appliqués de perles et des broderies texturées.

ashistudio.com

@ashistudio

Semaine de la Haute Couture automne-hiver 2026-2027
Paris, du 6 au 9 juillet 2026

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