À New York, Marc Jacobs mise sur la couleur

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Quatre minutes. Trente et un looks.

De retour à la New York Public Library, Marc Jacobs a livré l’une des collections les plus denses de la saison : un défilé éclair qui dit tout sur sa façon de travailler : par instinct, par conviction, hors calendrier, hors normes.

© Alexandra Arnold

Le thème de la saison, c’est lui qui le pose noir sur blanc dans ses notes : la gratitude. « Créer, comme un acte de gratitude, est ma forme d’expression personnelle la plus vraie. » Chaque vêtement pensé comme un remerciement, à ceux qui l’ont accompagné, à ceux qui l’ont inspiré. Sur le podium, cela se traduit par une explosion de couleurs. Des collants safran, fuchsia, marine. Des tricots de peau tomate, cyan, rouille. Un haut en accord avec le bas, ou délibérément désassorti. La couleur est un langage.

Les silhouettes s’accumulent et se déséquilibrent. Des débardeurs en PVC par-dessus des sous-pulls en nylon. Des jupes plissées à pois avec des ceintures doublées. Des voiles translucides superposés sur des bases saturées. Une jupe crayon bleu glacé assortie à une veste de travail. Un justaucorps prune chargé de colliers dépareillés. Jacobs aime la tension entre légèreté et structure, et il la maîtrise.

Les ultra-mini longueurs continuent leur chemin depuis la saison précédente, mais avec une intensité nouvelle. Les pantalons disparaissent au profit de bodys portés comme des micro-robes, de vestes couture arborées jambes nues.

Marc Jacobs est un des rares créateurs qui peut citer le Chanel printemps 1993, avec ces body iconiques.

Mais aussi Junya Watanabe 1996 et son défilé précurseur plein de matière PVC ou le Prada de la fin des années 2000 dans la même collection. Il convoque aussi ses propres archives : ses collections de 1998 et 2000, le Louis Vuitton printemps 2009.

Ce défilé ne se lit pas sans contexte. D’abord, le retour de Marc Jacobs Beauty : la ligne de make-up relancée cette saison, dont l’ADN repose sur l’expression personnelle. Les collants colorés, le rouge à lèvres assumé, le maquillage qui dialogue avec les vêtements, tout ça n’est pas un hasard.

Ensuite, les coulisses business : LVMH a cédé ses parts à WHP Global et G-III Apparel Group dans une transaction estimée à 850 millions de dollars. Un tournant majeur pour la maison. Jacobs n’en dit rien directement, mais ses notes de défilé parlent pour lui : « Au cœur des défis se trouve une raison d’être, et dans le changement réside la possibilité.» Son mantra Instagram, #gratefulnothateful, résume le reste.

Quatre minutes pour rappeler que la mode peut encore surprendre sans renoncer à l’émotion. Marc Jacobs transforme un sentiment intime en manifeste visuel. Pas de final traditionnel, pas d’apparition en coulisses : juste les vêtements, et tout ce qu’ils disent. C’est suffisant.

marcjacobs.com

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