

Entre introspection, nostalgie et silhouettes affirmées, Chavarria, Comme des Garçons, Magliano et Celine ont rythmé un week-end de Fashion Week riche en émotions et en visions contrastées.

Willy Chavarria
Après un show automne-hiver 2026 sous haute tension, Willy Chavarria revient avec une proposition plus intérieure. La collection printemps-été 2027 s’intitule Comunión. Le créateur y explore l’idée de rassemblement, de transmission et de mémoire collective, à travers un vestiaire teinté d’une spiritualité douce et d’une profonde ancrage dans la culture chicano qui nourrit son œuvre depuis ses débuts.


La palette joue la carte de la nostalgie : des teintes patinées par le temps : lilas, rose poudré, vert d’eau, habillent des silhouettes où le tailoring aux épaules larges et architecturales, signature très années 1980 de la maison, côtoie des pièces plus légères.


Chemises fleuries ouvertes, robes mi-longues ornées de fleurs, shorts en denim aux finitions brutes ou bermudas cargo en cuir : les matières dialoguent en permanence, entre structure et fluidité.


Les vestes sont larges et la peau dénudée : chemises ouvertes, dessous visibles. Des chaussettes blanches étirées sur le mollet complètent les looks. Et ils osent les teintes vives : rose, vert menthe, bleu outremer.


Les codes Chavarria sont bien là : shorts courts dans les looks masculins, shorts de boxe sous des jupes entravées et cet esprit workwear qui traverse toute la collection. Côté casting, Farida Khelfa et Romeo Beckham faisaient leur retour sur le podium : ce dernier inaugurant la nouvelle collaboration du créateur avec Ugg, en portant une paire de bottes en cuir noir à l’esprit motard. Une collection qui se conclut sur les mots du créateur lui-même : « Nous sommes confiants, bienveillants et forts. » On le croit volontiers.


Comme des Garçons
« Si la guerre s’arrêtait… » C’est sous ce titre que Rei Kawakubo a choisi de nommer sa collection printemps-été 2027, et le contraste avec ses derniers défilés, souvent empreints d’un pessimisme assumé, n’en est que plus saisissant. À 83 ans, la créatrice japonaise surprend en livrant un show étonnamment joyeux, ouvert sur une profusion de couleurs et une bande-son aussi inattendue qu’euphorisante : des tubes de Kylie Minogue et Britney Spears réinterprétés par l’orchestre des Cris de Paris.


Sur le podium, les silhouettes jouent la carte de la superposition : chemises, shorts et manteaux déconstruits s’y accumulent. Nuages pastel, rayures pop, carreaux. Les mannequins aux cheveux argentés chaussent des souliers à longues pointes recourbées, quelque part entre le médiéval et le surréaliste.




Et évidemment des chapeaux doubles, masquant le visage des mannequins, viennent parfaire l’ensemble de la collection. On peut y voir une mode, peut-être une dénonciation, fermons-nous les yeux sur le monde ? La mode de Kawakubo se prête à toute les interprétations.




Pour le final, ils arrivent en courant sur l’étroit podium, sourire aux lèvres, une image rare et presque désarmante, qui dit à elle seule tout ce que cette collection cherche à transmettre : un souffle de légèreté, dans un monde qui en manque.
Magliano
Pour construire sa collection printemps-été 2027, Luca Magliano a demandé à son équipe d’apporter des albums photos de famille : une façon de plonger collectivement dans le passé. Ce qui en a émergé, c’est une atmosphère profondément années 1970, celle des clichés jaunis et de leur élégance particulière. Le show s’est tenu chez Maxim’s, cadre idéal pour cette plongée dans un autre temps.


Mais Magliano n’est pas du genre à se laisser enfermer dans la nostalgie pure. Une touche Y2K vient bousculer l’ensemble, et le regard porté sur le vestiaire masculin classique se fait résolument queer et ironique : « un endroit où la rage et la nostalgie se rencontrent », selon ses propres mots.


Des mailles compactes à imprimés floraux kitsch en violet et marron, une veste de costume en flanelle écossaise au tombé généreux façon vêtement emprunté au père, ou encore un polo doté d’un second col très début des années 2000 : chaque pièce porte en elle sa propre mise en scène.


Celle qui nous a le plus marquée : un ensemble imprimé léopard avec sa ceinture fine et des touches de jean bleu qui se distinguent. Pareil pour un ensemble en velours kaki, ouvert sur foulard noué. Même les cheveux en l’air rappelle une mode passée. Les manches retroussées, l’attitude, tout est parfait et rétro.


Une veste de costume aux manches trop larges, ou un sarong en foulard associé à un pantalon plissé à ceinture de cuirs torsadés participent de cette même idée : le style est déjà intégré à la pièce, inutile de chercher plus loin.


Deux collaborations viennent compléter la collection : l’une avec Diadora autour du survêtement, l’autre avec Carrera pour les lunettes, et ancrent Magliano dans une certaine culture du sport et du quotidien, revisitée avec une élégance décalée qui lui est propre.


Celine
C’est dans le 16e arrondissement que Michael Rider a présenté son tout premier défilé exclusivement masculin pour Celine, et le ton était donné dès les premières silhouettes : allure libre, esprit bohème, élégance sans effort.

« L’été offre la possibilité de visiter des endroits jamais vus ou de retourner sur des lieux où on est allés toute sa vie. De passer autant de temps possible dehors. De lâcher prise », explique le créateur dans sa note d’intention. Dans un décor d’échafaudages blancs évoquant un monde en construction, le créateur américain a déployé un vestiaire à la croisée de plusieurs héritages. On retrouve sa sensibilité BCBG héritée de Ralph Lauren : tailoring précis, pulls Fair Isle sans manches, cravates, chemises aux teintes rétro.


Mais aussi des échos de Phoebe Philo dans les épaules larges et la palette neutre, et de Hedi Slimane dans la rigueur de certaines coupes. En effet, les looks sont plus ajustés, avec des pantalons style slim, serrés aux chevilles et trench à la taille.


Les sarouels s’imposent comme la pièce phare de la collection. Presque dorés, accompagnés d’un pull léger et de mocassins bruns, ils renforcent une silhouette boho. Les frontières de genre continuent de s’effacer chez Rider : le capri fait son entrée dans la garde-robe masculine, les sandales se réduisent à de fines lanières presque immatérielles, et les chaussures de jazz souples reviennent hanter le podium.




La surprise du show ? Une collaboration avec Reebok, dont les baskets volontairement usées viennent ancrer quelques silhouettes dans un quotidien assumé. Mais c’est dans les accessoires que réside, comme toujours, le génie de Michael Rider : gants glissés dans la lanière d’un sac, chemise détournée en couvre-chef, pull enroulé en écharpe. Chaque pièce échappe à sa fonction première : et c’est précisément là que naît l’homme Celine.












