

Il était 9h du matin quand le Musée Nissim de Camondo a commencé à vibrer. Pour éviter les 40 degrés annoncés en début d’après-midi, le défilé Dior Homme printemps-été 2027 avait été déplacé de plusieurs heures, à la demande d’Anderson lui-même, en réponse aux alertes canicule. Résultat : une foule d’invités convoquée à l’aube dans l’un des hôtels particuliers les plus élégants de Paris, pour assister à ce qui allait se révéler être le show le plus affirmé de Jonathan Anderson depuis son arrivée chez Dior.


Studio 54 au musée
L’invitation annonçait la couleur : une boule à facettes noire et scintillante, en référence directe au légendaire club new-yorkais Studio 54. Dès le premier look, une chemise blanche à grandes manchettes enveloppée d’un smoking noir transparent et d’un pantalon assorti, un mannequin entre dans la salle en silence, repère le câble audio, le branche.


La musique explose. Fred Again.. avait conçu un mix sur mesure pour l’occasion, avec des interventions de Christine and the Queens, Headie One, Jamie T ou encore Young Thug. La fête pouvait commencer. La logique de cette collection est directement inspirée du sampling en musique : Anderson remixe, réinterprète, superpose des styles qui n’auraient a priori rien à faire ensemble. C’est là sa grande force, et peut-être aussi sa limite.
La silhouette : entre hier et demain
Après deux premières collections où Anderson avait testé beaucoup de directions différentes, celle-ci affiche une bien plus grande clarté. Moins d’excentricité, plus de focus. La figure masculine qu’il dessine est à la fois aristocratique et nonchalante.
La pièce maîtresse de la saison, c’est le smoking jacket. Il revient sous de multiples formes : veste bomber courte, long manteau dépoussiéré ; avec son revers arrondi caractéristique. À côté, des redingotes du XIXe siècle réinterprétées en coton léger, parfois translucide, des vestes en denim effiloché ou en toile brute qui reprennent les codes du soir mais dans des matières de jour.




Dans ses proportions, la collection oscille entre deux registres : silhouettes étirées, vestes longues et lignes étroites d’un côté ; shorts et superpositions de longueurs qui déséquilibrent volontairement la silhouette de l’autre.


Paillettes et masculinité fluide
Le côté festif se lit dans les détails. Des pantalons et bermudas pailletés, argent et or, traversent le défilé. La brillance se glisse aussi dans les mailles, les bords effilochés, les vestes.


Anderson revendique une connexion entre masculin et féminin : chemises ouvertes portées à même la peau, cravates desserrées, matières légères parfois translucides, décolletés subtils. Ce n’est pas nouveau chez lui, mais c’est ici plus maîtrisé, moins démonstratif. La collection poursuit l’abolition des frontières de genre, avec transparence, maille ajourée et fluidité comme fils conducteurs.


Ce qu’on retient
La collection possède une grande cohérence visuelle. Elle ne ressemble pas à une compilation de tendances. Le travail sur la palette de couleurs est resserré, pensé, et l’équilibre entre attitude et produit est trouvé.
Des questions subsistent : certains looks restent difficiles à imaginer en dehors d’un red carpet ou d’un shooting éditorial, et des manteaux côtoient des shorts. Mais ce serait chipoter. Ce troisième défilé confirme que Jonathan Anderson prend de l’assurance chez Dior, collection après collection. Il sait où il va. Et ça se voit.










