
Ce 25 juin, Paris observait la tenue de la troisième journée de sa saison masculine printemps-été 2027 masculine. Retour sur les défilés.

Rick Owens x Adidas : le défilé le plus punk
Rick Owens a, hier, misé sur une singularité étonnante, détonnant de tout ce qu’on avait pu voir depuis mardi. Si, comme à l’accoutumée, il avait donné rendez-vous à ses invités au Palais de Tokyo, personne n’était vraiment préparé à ce qui les attendait : des nuages de fumée, une bande-son presque cinématographique, et des jets d’eau s’abattant sur un pont métallique en pleine canicule parisienne.


Plus de 70 mannequins aux silhouettes affirmées, arborant des faux cils démesurés ; ont défilé dans des looks quasi exclusivement monochromes noirs. Une atmosphère mystique, presque hors du temps, où les silhouettes semblaient appartenir à une humanité tout à fait autre.


Ces looks ont confirmé, une fois de plus, la place singulière que Rick Owens occupe dans le paysage de la FWPE27. Shorts, bas de jogging aux volumes travaillés, pièces près du corps, pulls couleur chair, ou au contraire gonflées et architecturées : le créateur joue toujours avec les oppositions, sans jamais se contredire. Les boots à l’allure de faunes mythologiques, déjà vues lors du défilé masculin automne-hiver 2026 de la maison, étaient également de retour.


Mais la grande annonce de ce show était ailleurs. Rick Owens a en effet présenté une collection printemps-été 2027 imaginée aux côtés d’Adidas, baptisée « Stone ». Un partenariat qui remonte à 2013, et qui n’a cessé de gagner en ambition au fil des saisons. Aux vêtements, s’ajoutent des chaussures de running à la silhouette pointue, montées sur une double semelle plateforme et intégrant les trois bandes revisitées par le créateur. Leur commercialisation est attendue pour 2027.


La véritable audace de la collection réside par ailleurs dans le détournement de la technologie « Climacool » d’Adidas. Des vestes et des shorts gonflables, traversés par un système de ventilation intégré, proposent une réponse à la gestion thermique du corps avant l’effort. La démarche va même plus loin avec un pantalon constitué de tubes rigides remplis d’air, qui interroge autant les limites du vêtement que celles du corps lui-même.




Côté outerwear, la pluie artificielle du show a offert un terrain d’expression inattendu. Cirés, vestes en cuir et manteaux portés en cape ont affronté les éléments sous les yeux des invités, certaines pièces ressortant de l’épreuve transformées, le cuir teinté de marron s’assombrissant au contact de l’eau, gagnant en matière et en profondeur.


La collection « Stone » a certes dominé ce défilé, mais elle n’en a jamais altéré la cohérence. Car qu’il collabore ou non, Rick Owens reste fidèle à lui-même, et c’est précisément ce que ses fidèles sont venus chercher.


Issey Miyake : un souffle graphique et coloré
Changeons d’ambiance avec un défilé beaucoup plus haut en couleurs. La collection d’Issey Miyake renoue avec les codes qui ont fait la signature de la maison : bleu roi, rose fuchsia, vert pastel, moutarde ou kaki se mêlent dans une palette vive et affirmée, rythmée par des ceintures épaisses en cuir et des chemises à col ouvert.




Des teintes plus sobres viennent néanmoins tempérer l’ensemble, apportant un équilibre subtil à la collection.


Tous les accessoires convoquent l’Asie, du chapeau aux tiges de bambou. Mais la figure phare du show reste ces lignes noires entremêlées, signature graphique qui traverse et unifie l’ensemble des silhouettes.




Amiri, une plongée dans le luxe nocturne californien
Chez Amiri, Los Angeles dévoile son autre visage : celui de la nuit. C’est cette version-là de la ville que Mike Amiri a choisi d’explorer pour sa collection printemps-été 2027, présentée à Paris.




Bars d’hôtels, clubs privés, figures noctambules : l’univers du show est celui des heures sombres et de leurs excès assumés. Le vestiaire qui en découle joue sur cette dualité entre séduction et retenue : un tailoring souple, des matières fluides, une élégance qui se veut moderne sans jamais forcer le trait. Les tenues sont colorées, pailletées, à motifs. La provocation est là, mais elle est sophistiquée. C’est peut-être ça, le luxe californien by night.




Yohji Yamamoto et la poésie du noir
Plus de quarante ans après ses débuts parisiens, Yohji Yamamoto n’a rien à prouver, et c’est précisément ce qui rend ses défilés si particuliers. Jeudi 25 juin, dans ses locaux de la rue Saint-Martin, le temps semblait suspendu : les mannequins avançaient lentement, presque cérémonieusement, autour d’une bouteille remplie d’un liquide bleu et rouge, suspendue au milieu du podium comme une relique. Dans la salle, Philippe Katerine, Orelsan et l’artiste Eva Jospin observaient en silence.



Le noir, toujours. Mais décliné avec une inventivité intacte : des manches gigot sculpturales, des dizaines de boutons dispersés comme un motif sur un manteau, des messages cryptiques inscrits dans le dos des vestes, des chandails effilochés recouverts de peinture argentée, des bretelles de salopettes multipliées jusqu’à former un réseau textile complexe.


Le sens du détail est, comme toujours, parfaitement maîtrisé. Chaque mannequin arbore un tatouage facial d’inspiration grunge, apportant une touche brute et contemporaine. L’ensemble est complété par les emblématiques chaussures rouges et noires, chères au styliste japonais, ainsi que par des chapeaux à visière ou des masques.




Tous les âges se succèdent sur le podium, affirmant une vision inclusive et transgénérationnelle de la mode. À 82 ans lui-même, Yohji Yamamoto continue de saluer à la fin de ses défilés, et de forcer l’admiration.




Une élégance estivale pour clôturer la journée signée Dries Van Noten
Ce défilé, signé Julian Klausner, est venu clore cette troisième journée de Fashion Week dans une atmosphère douce et maîtrisée. Débardeurs fluides, bombers épais, shorts plus ou moins courts avec leur ceinture signature : le style Dries Van Noten se reconnaît au premier coup d’œil, et cette collection ne déroge pas à la règle.




Les couleurs sont pastels, délicates, les motifs jouent sur le quadrillé et la rayure, et de longues vestes accompagnent les silhouettes avec élégance.


Les accessoires sont ici centraux. Tongs, bottes, ballerines : l’été se décline en toutes les formes et toutes les couleurs. De grands sacs complètent de nombreuses tenues : on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Ami hier, qui misait lui aussi sur le minimalisme et les volumes généreux portés à l’épaule. Les tendances à venir se dessinent clairement. Chez Dries Van Noten, le style est néanmoins plus affirmé et complet : des gants viennent parfaire le look et se mêlent au sac au point de sembler indissociables.




Des colliers, posés sur des décolletés se font remarqués. Quant aux lunettes de soleil, elles s’imposent une fois de plus comme l’accessoire incontournable de la saison. Après Rick Owens, 3.Paradis, Saint Laurent ou EgonLab, elles continuent de surprendre : ici imposantes, colorées, rompant avec la tradition des montures sombres pour venir illuminer des looks qui, sans elles, resteraient sages.












