Les profils atypiques du prix LVMH

SS/25 CAMPAIGN – Rites of the Water’s Edge © Selly Sy

Ces nouveaux créateurs visionnaires galvanisent le monde de la mode 

Repérés lors du prix LVMH 2026, Daniel Del Valle, Galib Gassanoff, Anil Padia et Petra Fagerström incarnent une nouvelle scène créative profondément libre et expérimentale. Issus d’horizons culturels différents, ces créateurs partagent pourtant une même volonté : questionner les limites du vêtement contemporain à travers leurs héritages et leurs récits personnels. Avec Yoshita 1967, Anil Padia explore les codes de la mode nuptiale indienne et kényane à travers une approche contemporaine nourrie de savoir-faire artisanaux. Petra Fagerström, quant à elle, imagine une mode hybride qui entretient une tension permanente entre artisanat et numérique. De son côté, Galib Gassanoff, fondateur d’Institution, transforme des vêtements traditionnels caucasiens en pièces contemporaines à forte dimension culturelle. Enfin, Daniel Del Valle, à travers son projet THEVXLLEY, introduit la sculpture dans le vêtement, donnant naissance à une esthétique sensorielle profondément personnelle.

Petra Fagerström

La créatrice suédoise Petra Fagerström a créé sa marque patronymique à sa sortie de la Central Saint Martins l’année dernière. En rupture avec les notions de douceur et de nostalgie communes chez les autres marques, elle imagine des vêtements intelligents reconnaissables par leur forte présence visuelle. Les ateliers qui contribuent au projet ont développé le plissage lenticulaire, signature de la marque : une succession de centaines de plis individuels cousus à la main avant de fixer le tissu, créant un effet changeant à la surface du vêtement, à la manière d’un hologramme. Si le résultat semble avoir été créé numériquement, la démarche est pourtant totalement artisanale, le paradoxe faisant toute la beauté du vêtement qui transcende son état et son apparence. 

Contrairement aux idées préconçues, la relation entre l’artisanat et l’innovation n’est pas unilatérale. Cette subtile allégorie du monde contemporain, partagé entre réalité et vie digitalisée, traduit une volonté de naviguer entre les configurations culturelles et sociales actuelles. Profondément habitée par des sujets contemporains, Petra Fagerström imagine sa collection printemps-été 2026 autour des relations entre mères et filles, s’intéressant aux rapports de domination qui demeurent invisibles mais se révèlent pesants. Incarnation de l’autorité, de la sagesse et de la connaissance, la mère exerce une influence sur sa fille. Or, cette influence se mue en dévouement : elle s’oublie pour n’exister qu’à travers les ambitions de sa fille. Ces figures maternelles incarnées par des figures antipathiques et perfectionnistes reprennent vie dans cette collection. Les tenues associent des pièces fortes disproportionnées, des bas à effet holographique et des robes métalliques aux effets froissés. Cette dernière collection est un manifeste hors du commun sur la représentation du pouvoir selon l’individu qui l’incarne. 

petrafagerstrom.com

@petrafagerstrom

Yoshita 1967

Créateur kényan d’origine indienne, Anil Padia a imaginé sa marque comme l’union de ses racines à partir d’une vision occidentale moderne. L’Inde et le Kenya se révèlent à travers des lignes, des savoir-faire et des pratiques profondément ancrés dans les cultures qu’il a côtoyées. Les ateliers répartis entre Nairobi et Paris préservent un travail artisanal et foncièrement porté sur l’humain, tout en restant en accord avec les attentes du luxe contemporain. La production lente fait participer des communautés de femmes afin de préserver leur intégration et participer à leur stabilité économique. 

Le styliste étend la vision de ses collections au-delà du vêtement en construisant une histoire forte et en insufflant une résonance artistique autour de thématiques sociales. La dernière collection « Manorama », qui n’est autre que le nom de sa grand-mère, explore les codes nuptiaux et un travail pointu des détails. Interpréter le mariage, une institution conservatrice, à partir de coupes modernes constitue une réflexion pertinente sur la transmission des traditions et des coutumes. Le crochet et la broderie subliment les corps, tandis que de minuscules miroirs, des cloches et des lacets apportent le mouvement sensuel escompté. L’empreinte artistique de Yoshita 1967 est avant-gardiste, car elle s’alimente de tendances et de savoir-faire anciens en vue de transcender une mode délimitée par des idées préconçues.

yoshita1967.com

@yoshita1967

Institution 

Galib Gassanoff est un artiste géorgien profondément attaché à l’esthétique de sa culture, dont le travail s’étend au-delà des frontières de la mode. Il fonde la marqueInstitutionen 2024, faisant directement référence à la définition même d’une institution, et soulignant ainsi une volonté de dépasser le cadre de la mode pour embrasser également des objectifs socio-artistiques. 

En grandissant à Tbilissi, il évolue dans un environnement conditionné par un grand nombre de traditions. De là naissent ses références culturelles et son rapport aux principes éthiques. Il fait vivre toute une culture grâce à la représentation de vêtements traditionnels et ses actions en faveur d’une meilleure accessibilité à l’emploi dans certaines régions de Géorgie.

La collection 4 s’intitule « Su », un mot dérivé du prototurc qui signifie « eau ». Le reflet de l’eau est souvent la métaphore du miroir de l’âme, une sensibilité qui tend à disparaître face à l’omniprésence de l’image et de la caméra. Des pièces traditionnelles sont réinventées, tel le chepken, un gilet féminin décliné sous la forme d’une veste cintrée en laine, avec la participation des communautés de femmes issues de districts azerbaïdjanais du sud-est de Masallı et de Lankaran. À l’image de sa marque, Gassanoff  veille à proposer des collections durables grâce à des matériaux responsables et son entrée dans le projet Material Innovation Lab de Kering, destiné à adopter des pratiques durables pour la confection de vêtements, afin de réduire l’empreinte environnementale. 

La collection 3, intitulée « El », fait référence à la tribu et à l’esprit de communauté auquel Galib est très attaché. Une collection plus intime qui transcende ses souvenirs d’enfant. Pour préserver des techniques de production rares et traditionnelles, il s’implique lui-même aux côtés de communautés nationales afin de préserver les symboles culturels caucasiens tels que les tapis, les tricots et la fourrure. 

institutionstudios.com

@institution_official

THEVXLLEY

Créée par Daniel Del Valle, THEVXLLEY est une marque de l’ordre de l’expérimentation, relevant presque de la performance. Le créateur espagnol, installé à Londres, dessine des vêtements qui prennent vie grâce à des matières hors du commun, non compatibles avec le secteur de l’habillement traditionnel. 

“The Narcissist” © Kito Munoz

Incarnant l’âme véritable d’un artiste, Daniel Del Valle s’émancipe des contraintes de la mode à la recherche d’une expérience sensorielle excitante. À mi-chemin entre la sculpture et la performance, les bustiers portés par les mannequins se remarquent par leur impressionnante présence. Les formes délicates et les couleurs pures se marient parfaitement avec le champ lexical de la fleur. Qu’elles soient captives dans la matière, représentées en mosaïque, placées dans un vase, moulées sur un bustier ou imprimées, les fleurs symbolisent la délicatesse et la pudeur du créateur vis-à-vis de sa construction personnelle. Les dialogues qui persistent entre ses créations témoignent d’une grande sensibilité artistique tout en restant ancrés dans le contexte contemporain dans lequel nous évoluons.

thevxlley.com

@thevxlley

À travers leurs collections respectives, Daniel Del Valle, Galib Gassanoff, Anil Padia et Petra Fagerström démontrent que la nouvelle génération de créateurs ne cherche plus uniquement à produire des vêtements, mais à construire de véritables récits culturels et émotionnels. Leur présence au prix LVMH 2026 témoigne d’une évolution majeure de l’industrie de la mode : les stylistes émergents sont désormais valorisés pour leur capacité à explorer des techniques de production préservées autant qu’une esthétique forte. Plus qu’une simple tendance, cette approche révèle une mode décloisonnée, où les frontières entre art, culture, mémoire et innovation deviennent de plus en plus floues.

lvmhprize.com

@lvmhprize

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