
Du 30 septembre 2026 au 31 janvier 2027, la Bibliothèque nationale de France consacre une grande exposition à 80 ans de photographie japonaise. Intitulée « Photographies japonaises de la Bibliothèque nationale de France. 1945-2025. Scènes, signes, sensations », elle réunit près de 300 œuvres qui retracent l’évolution des pratiques photographiques au Japon, de l’après-guerre à la création contemporaine.
Le parcours s’appuie sur une collection constituée dès la fin des années 1960, qui réunit aujourd’hui plus de 4 000 tirages réalisés par près de 200 artistes et reporters. L’exposition en présente 250, en grande majorité en noir et blanc, accompagnés d’une cinquantaine de livres et de revues rares. À travers le travail d’une centaine de photographes, elle retrace plusieurs décennies de photographie japonaise, en passant du documentaire à des travaux plus libres menés par leur propre perception.


© Yu Hirai
Après la Seconde Guerre mondiale, la photographie devient d’abord un moyen de témoigner de la transformation évidente endurée par le pays. Hiroshi Hamaya immortalise les campagnes japonaises, les paysages enneigés et les rites qui rythment la vie des communautés rurales. Ken Domon choisit d’attarder ses images sur les visages, les corps et les traces laissées par la guerre, notamment à Hiroshima. Quelques décennies plus tard, Hiromi Tsuchida observe à son tour les changements qui traversent la société japonaise, marquée par l’urbanisation rapide, l’exode rural et l’évolution des modes de vie. Avec Daido Moriyama et les photographes liés à la revue Provoke, la photographie japonaise prend ensuite une direction plus libre, avec des images volontairement plus granuleuses, floues ou très contrastées.

Le parcours présente aussi Paris à travers plusieurs photographes japonais installés ou de passage en France. Yoshi Takata, Keiichi Tahara et Kenzo Takashima ont chacun photographié la ville sous un angle qui leur est propre. Tahara s’intéresse surtout aux différentes façons de travailler la lumière et les ombres, comme on peut l’observer dans ses images de rues et de bâtiments. Takata photographie notamment Mai 68, qu’il illustre autrement que par les scènes de l’évènement devenues symboliques. Ses images rendent compte de ce qu’il se passait avant, pendant et autour des manifestations dans la capitale, tout en soulignant les réactions et les gestes les plus ordinaires qui accompagnaient cette période.

D’autres photographes partent de sujets beaucoup plus ordinaires, en s’intéressant à ce que les objets et les espaces du quotidien peuvent raconter. Tokuko Ushioda photographie par exemple des réfrigérateurs et des intérieurs dont les détails confient les habitudes et la manière de vivre de ceux qui les utilisent. Shoji Ueda, lui, travaille dans les dunes de Tottori, où il place ses modèles au milieu de grands espaces désertiques et joue avec les distances et les positions pour composer ses images.


L’exposition s’achève avec des images où la présence humaine devient de plus en plus feutrée. Yasuhiro Ishimoto et Takehiko Nakafuji s’intéressent à la manière dont une image peut tenir presque uniquement par sa composition, en valorisant les contrastes, les lignes et les zones vides. Cette attention se retrouve aussi chez Hiroto Fujimoto, Kazuo Amemiya, Koichiro Kurita ou Sayuki Inoue, qui se tournent vers la nature et cherchent surtout à en faire ressortir les formes et les oscillations de lumière.

L’importance ici apportée aux livres et aux tirages accentue la façon que l’on a de regarder les images. Le papier laisse apparaître des détails que l’écran atténue souvent et donne plus de présence à la photographie telle qu’on la connait. On prend d’autant plus le temps d’observer la façon dont l’image est construite et imprimée, ce qui modifie nécessairement la manière dont elle est perçue. L’exposition rappelle ainsi que le support fait pleinement partie de l’expérience photographique.
« Photographies japonaises de la Bibliothèque nationale de France. 1945-2025. Scènes, signes, sensations »
Bibliothèque nationale de France – site François-Mitterrand, Galerie 2
Quai François Mauriac, Paris 13e
Du 30 septembre 2026 au 31 janvier 2027








