

Pour son défilé Printemps-Été 2027, Simon Porte Jacquemus a quitté la Provence de ses débuts et posé ses silhouettes sur un îlot rocheux de Balagne. Une déclaration d’amour à la Corse, lumineuse et minérale.


Le 29 juin au matin, la presqu’île de la Pietra, à L’Île-Rousse, s’est muée en théâtre à ciel ouvert. Sous un soleil franc, face à la Méditerranée et aux reliefs qui ferment l’horizon, une centaine d’invités ont pris place, abrités sous de grands parasols blancs, éventails en main pour tenir la chaleur. En contrebas, la mer scintillait ; au loin, les montagnes dessinaient un décor d’une netteté presque irréelle. La maison y présentait sa collection Printemps-Été 2027, baptisée « Le Bonheur ».
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Depuis ses premiers défilés, le créateur fait du décor un personnage à part entière : les champs de lavande de Valensole, les salins de Camargue, les jardins de Versailles. Bâti au XIXᵉ siècle sur un rocher relié à la ville par une digue, le phare de la Pietra coche chacun de ses critères, silhouette graphique, charge patrimoniale, lumière du Sud. En s’y installant, Jacquemus raconte une France méditerranéenne moins parisienne, plus enracinée, accordée à un imaginaire de mer et de pierre.


Loin des podiums habituels, le défilé s’est fondu dans le paysage. Les mannequins paraissaient surgir du maquis, avançant au détour du sentier dans une mise en scène d’une grande sobriété, où chaque silhouette répondait à la lumière corse. Les créations, fidèles à la grammaire de la maison, mêlaient minimalisme, sensualité et volumes sculpturaux. Blanc immaculé, noir profond, rouge flamboyant, jaune solaire et bleu ciel reprenaient la palette de la Méditerranée. Les matières légères, portées par la brise, donnaient par instants l’impression que les vêtements flottaient au-dessus du sol.
Ce qui frappait, au-delà des pièces, c’était l’atmosphère. À rebours du caractère parfois fermé des grands rendez-vous de mode, l’ambiance se voulait chaleureuse et bienveillante, ponctuée de conversations et d’éclats de rire. La présence de la grand-mère du créateur, figure discrète mais essentielle de son univers, a touché l’assistance et rappelé que, derrière le succès international, demeure une histoire familiale.


Le titre tient lieu de manifeste. « Le Bonheur » ne désigne ni un lieu ni une matière, mais un état, que la maison associe désormais à la Corse, à sa lumière de juin, à son patrimoine. Il prolonge une lignée de noms programmatiques, après « La Riviera », « L’Amour » ou « Le Chouchou », et résume une philosophie qui cherche moins l’effet que l’évidence, moins la prouesse que la justesse.
L’engagement dépasse le seul podium. La maison a annoncé soutenir la restauration et la préservation du phare, dans la continuité de son mécénat à Versailles, et a lancé un casting de mannequins corses pour faire défiler des visages de l’île aux côtés de ses habitués. Une manière d’ancrer l’événement dans son territoire et d’y laisser une trace durable. Le 29 juin, ce ne sont donc pas seulement des vêtements qui ont défilé au pied du phare, mais une certaine idée de la Corse, brute et lumineuse, désormais offerte au monde.



















