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Exposition : Les Formes du Temps

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Comment donner une forme au temps intrinsèquement impalpable et insaisissable ?

Taches, traces, strates, marches, balancement mécanique, images ensevelies, empreintes d’ombres portées, peinture électronique évolutive… les tentatives opérées par les plasticiens réunis à la Topographie de l’art sont des plus convaincantes. Expérimentales et poétiques, elles nous invitent, « à l’ère du temps accéléré », « à ralentir pour privilégier le temps de l’observation, de la réflexion et de la rêverie».

« […] rendre visible le temps […] le cristalliser en une image et […] piéger son épaisseur» : telle est la quête poursuivie par Clément Borderie, dont les toiles tendues sur châssis ont été peintes par les intempéries et les Pierres de sel sculptées par les vaches… Adepte du « laisser-faire », l’artiste tend sur des matrices des toiles vierges à l’air libre pour venir les récolter des mois plus tard une fois que le vent, la neige, la pluie, la poussière, les oiseaux et les végétaux ont fait leur œuvre. Une appropriation qui peut aussi se traduire par la transformation d’un store de bistrot maculé par les traces du temps (« créant […] le paysage ») en diptyque (Store Auguste Blanqui, 2022).  

L’épaisseur du temps

C’est, quant à elle, à la force du poignet que Cat Loray trace, au crayon, le passage du temps. Issues de petits traits juxtaposés ou de longs entrelacs, les formes monumentales qu’elle dessine « se déploient dans l’espace de la page blanche suivant des déroulements fluides et ondoyants dont les extrémités, souvent inachevées, laissent penser qu’elles peuvent se prolonger à l’infini, au-delà des limites matérielles de l’œuvre ». À cette évocation de l’infini s’ajoute « le temps du “ faire ” », très important pour l’artiste pour qui la répétition du geste « est un temps de réflexion, de méditation », permettant de « sentir à la fois l’œuvre et la matière ». 

De la répétition il est question aussi avec l’œuvre de Dieter Appelt, La tache que le souffle produit sur le miroir (1977). Constituée d’un ensemble de 12 autoportraits montrant l’artiste soufflant devant un miroir comme pour « inscrire le temps dans la matière et la durée 1», elle s’apparente, selon Domitille d’Orgeval, la commissaire de l’exposition, à une vanité contemporaine : « Par cet arrêt sur image sur l’empreinte de la vie et de ses manifestations, l’artiste capte l’insaisissable et revient aux obsessions qui hantent son œuvre, celles du temps qui passe, de la vie et de la mort. »

Temps suspendu et temps inversé

Dans Timezone, film vidéo numérique de 60 minutes datant de 2010, Berdaguer & Péjus mettent en scène, quant à eux, le caractère irréversible du temps en illustrant une métaphore utilisée par l’artiste américain Robert Smithson (1938-1973) à travers la marche inversée d’un homme, semblable à une horloge humaine, dans du sable gris redevenant blanc et noir au bout d’une heure… Marche « réparatrice » artificielle et illusoire vers « l’ordre originel » nous donnant à voir l’impossibilité de revenir en arrière… De même que leurs Intrusions, ces captations de flux lumineux sur papier sensible « encapsulés » dans de la cire, faisant de nos existences passagères des apparitions fantomatiques…

1 – Domitille d’Orgeval, commissaire de l’exposition.

2 – Clément Borderie, Ghislaine Rios, Les Bosons de l’art, Clan Borderie éditions, 2020. 

STÉPHANIE DULOUT

« Les formes du temps »

Topographie de l’art

15, rue de Thorigny, Paris 3e

Jusqu’au 4 avril 2024

topographiedelart.fr 

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