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LITA ALBUQUERQUE « ENTRE LA TERRE ET LE CIEL »

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Alors que le Nasher Sculpture Center de Dallas vient de remettre à l’honneur les femmes du Land Art 1, la galerie La Patinoire Royale Bach de Bruxelles a invité Lita Albuquerque à recomposer dans sa grande nef ses premières installations éphémères questionnant, à travers des formes primaires et des pigments purs évoquant les éléments primordiaux, notre identité et notre relation au cosmos.

« No road, no path, / No land marks / Show the way there. / You must go by the stars. » [« Aucune route, aucun chemin, / Aucun repère / Ne montre le chemin à suivre. / Il faut suivre les étoiles. » ], écrit le moine trappiste américain Thomas Merton (1915-1968) dans l’un de ses poèmes inspirés des Pères du désert 2. Un apophtegme que l’artiste américaine Lita Albuquerque semble avoir fait sien. 

Outre sa fascination pour le désert, cette figure du mouvement Light and Space – né dans le sud de la Californie dans les années 1960 – a toujours regardé le champ des étoiles. C’est ainsi qu’est née la carte des constellations qu’elle reproduisit avec 99 cercles bleus dessinés à l’aide de trois tonnes de pigments en poudre sur les sables du plateau de Gizeh, au pied des grandes pyramides, lors de la sixième Biennale du Caire en 1996. Inspirée des écrits de Platon affirmant l’alignement des pyramides sur les étoiles, cette œuvre éphémère intitulée Sol Star lui valut le prix de la Biennale. Comme l’attestent les esquisses préliminaires exposées à la galerie La Patinoire Royale Bach, la dorure des pyramidions, restée à l’état de projet, devait donner à cette installation une dimension cosmologique extraordinaire. 

De la Colonne vertébrale de la Terre à l’Axe stellaire

En 2006, sur un plateau de glace de l’Antarctique, ce sont 99 sphères bleues correspondant aux 99 étoiles du ciel de l’Antarctique que l’artiste, accompagnée de chercheurs et d’experts, a déposées afin de dessiner une constellation terrestre 3. Et tandis qu’en 1980, Lita Albuquerque traçait, sous la forme d’une spirale rouge, la Colonne vertébrale de la Terre dans le désert de Mojave – une œuvre fondatrice recomposée spécialement par l’artiste à La Patinoire Royale –, en 2018, elle plaçait au sommet d’une montagne suisse le moulage d’un corps de femme nue recouvert de pigment bleu outremer allongée pour écouter la Terre 4

Pour Lita Albuquerque, « les déserts sont des lieux d’écoute et de connexion à la riche histoire des traditions célestes ». C’est ainsi, au milieu d’une disposition de cercles de pigments de poudre bleue reflétant l’alignement des étoiles le 31 janvier 2020, que l’artiste disposa au sommet d’un rocher du désert d’AlUla en Arabie saoudite la sculpture monumentale d’une femme bleue en position de méditation 5

Formes primordiales et couleurs primaires

Si le bleu outremer utilisé dans ses installations à grande échelle les plus spectaculaires renvoie au ciel, le jaune cadmium, qui lui est souvent associé 6, renvoie au soleil, tandis que le rouge convoque l’énergie de la terre. Autant de pigments purs répartis en cercles, en spirales ou en pointes, ou saupoudrés sur des pierres, afin d’en révéler le pouvoir intrinsèque. Car selon Lita Albuquerque, qui ne rejette pas une certaine accointance avec l’animisme, les pierres sont vivantes et contiennent une lumière que les pigments ne font que révéler… Des pigments volatiles que l’artiste aime livrer au vent du désert ou à son propre souffle, comme l’attestent ses 100 respirations jaunes, fuchsias ou bleues réalisées en 1989, ou encore ses Peintures de vent (2012) 7

STÉPHANIE DULOUT

 

1 – « Groundswell: Women of Land Art » du 23 septembre 2023 au 7 janvier 2024 

2- Macarius the Younger, collected Poems, New York, 1977 

3 – Stellar Axis: Antarctica 

4 – Transparent Earth

5 – NAJMA (She Placed One Thousand Suns Over the Transparent Overlays of Space)

6 – Notamment dans Materia Prima, une autre œuvre de jeunesse reconstituée à La Patinoire Royale, et dans Man and the Mountain réalisé dans le désert de Mojave en 1979.

7 – 100 Breaths Yellow Green, Fuchsia…(lithographic monoprint) et Wind Paintings (pigment on canvas)

Née en 1946 à Santa Monica, en Californie, Lita Albuquerque grandit en Tunisie et à Paris jusqu’à l’âge de onze ans, lorsque sa famille s’établit aux États-Unis. Elle est diplômée de l’Université de Los Angeles où elle vit et travaille toujours aujourd’hui.

« Early works – Lita Albuquerque »

La Patinoire Royale Bach

15, rue Veydt, Bruxelles (Belgique)

Jusqu’au 30 mars 2024

prvbgallery.com

litaalbuquerque.com

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