QUATRE QUESTIONS À PHILIPPE STARCK

Le designer star que le monde nous envie a encore frappé. Au bout de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, le Français a imaginé l’hôtel Villa Colette. Un lieu hors du temps, avec vingt-huit chambres et suites, empreint de poésie. Philippe Starck nous en dit plus.

Comment est née Villa Colette ?

Villa Colette est née de la passion que nous partageons avec Laurent Taïeb pour le Cap Ferret, un lieu découvert il y a plus de 45 ans et immédiatement aimé pour sa beauté simple et sauvage. C’est un endroit unique, un paradis où il n’y a presque rien, quelques petits bancs de sable, des cabanes en bois d’ostréiculteurs et l’immensité de l’océan Atlantique avec ses marées puissantes et ses couchers de soleil éclatants. Le Cap Ferret est un village qui incarne un certain art de vivre français, avec ses huîtres, les grands vins de Bordeaux tout près et surtout l’esprit chaleureux, intelligent et plein d’humour de ses habitants. Avec Laurent, nous rêvions de créer un endroit élégant et intime à l’image de ce lieu qui nous est si cher. Nous avons imaginé un hôtel pensé comme une maison idéale pour nous-mêmes et nos amis, où se retrouver à toute heure de la journée et vivre les lumières changeantes du Bassin. 

Quelle histoire souhaitiez-vous raconter ? 

J’ai imaginé un lieu d’esprit et d’élégance, une vision contemporaine du charme ferretcapien faite de sophistication espiègle et de malice. Une nostalgie heureuse à l’univers jubilatoire qui vous transporte ailleurs. Ce charme légèrement désuet m’a rappelé le raffinement et l’unicité d’actrices françaises des années 1930 et 1950, telles Danielle Darrieux, Micheline Presle ou encore Michèle Morgan qui m’ont toujours captivé. Ce fut le point de départ du récit de Villa Colette : l’une de ces actrices, en retrait de sa vie parisienne, s’installe à la campagne, dans une petite maison, semblable à une ancienne maison de garde-barrière qu’on aurait transportée en face de la plage. Elle y passe ses journées dans la réflexion et le bonheur simple que lui offre la nature. Elle redonne vie à sa demeure en y apportant des couleurs douces, rose poudré, jaune citron très clair, gris pâle, pour en faire un lieu chaleureux et apaisant. Elle y dispose ses souvenirs : fragments de sa vie d’artiste, objets chargés d’histoire familiale, traces d’un passé qui peuplent chaque recoin et dessinent un paysage fertile, une nostalgie heureuse.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le restaurant ?

J’ai imaginé de nombreux détails élégants et surprenants, en particulier les miroirs muraux qui ne sont pas de simples surfaces réfléchissantes, mais de magiques jeux optiques et mentaux. Au centre de chacun d’eux apparaît le portrait d’une femme, comme s’il émergeait des petits tableaux de Jean-Gabriel Domergue et faisait écho au souvenir des actrices disparues. Ce qui m’a toujours fasciné, c’est le mystère qui habite chaque femme, et cette constante qu’est l’amour. Tout amour est source d’une grande joie, mais aussi, parfois, d’une profonde tristesse. C’est pourquoi, derrière chaque portrait coloré de ces femmes rayonnantes, se cache la présence ombragée de l’amour sous les traits d’un homme sombre : flou, en noir et blanc, massif, presque brutal, en contraste total avec la poésie et la légèreté visuelle des femmes. Une fresque murale, peinte à la main par les artisans de la maison parisienne Troubetzkoy, entoure la cuisine ouverte. Elle représente des fruits et légumes, en harmonie avec des assiettes en céramique ornées de motifs similaires et de poissons, elles aussi façonnées et peintes à la main par un atelier portugais. Les coussins colorés aux motifs surréalistes créés par ma fille Ara ajoutent une dimension artistique au mobilier en bois vernis imaginé entièrement sur mesure.

Quel est le détail qui a votre préférence ? 

Villa Colette est un lieu où tout est mental. Aussi, pour le bar, j’ai imaginé un comptoir aux miroirs, inspiré d’un tour de prestidigitateur : des reflets qui se répondent, se multiplient, pour évoquer l’illusion de l’infini. Le bar ne mesure qu’un mètre vingt de profondeur, pourtant il semble s’étirer à perte de vue, s’ouvrir comme une boîte de Pandore, promesse de mystères et d’émerveillement sans fin.

Villa Colette

39, boulevard de la Plage, Lège-Cap-Ferret

villacolette.com

@hotelvillacolette

Des experiences et une culture qui nous définissent

Ne ratez aucun article

Inscrivez-vous à notre newsletter