Nos coups de coeur du Prix Picto 

Entre portraits intimistes, expérimentations visuelles et récits documentaires, la 66e édition du Prix Picto révèle une génération de photographes attentive aux émotions. 

À l’occasion de la 66e édition du Prix Picto, une nouvelle génération de photographes propose des écritures visuelles singulières, oscillant du documentaire, à l’expérimentation esthétique. Entre douceur minimaliste, exploration du corps et regards portés sur la jeunesse, ces artistes développent des univers sensibles et exigeants avec des problématiques sociales et contemporaines. Nous avons prêté attention à six photographes parmi eux.

Adam Amouri

Adam Amouri est un ancien mannequin passé derrière l’objectif. Il est parti en quête de douceur en suivant de solides références issues du travail d’Irving Penn en nature morte et des portraits de Richard Avedon, capable de capturer des émotions brutes. Il combine des portraits serrés à une esthétique intemporelle, dont la surface lisse et parfaite interrogent la créativité et l’essence humaine. La série Clock Stop, dédiée au Prix Picto, se rapproche au plus près d’une perfection presque naturelle et d’un minimalisme d’une grande finesse. En apportant de l’importance à chaque détail et retouche, il crée de la profondeur même dans les situations les plus simples. Adam Amouri prouve que la simplicité peut être à l’origine d’une démarche complexe et exigeante mettant à l’épreuve le photographe comme le mannequin.  

Il s’est formé à travers des compositions minimalistes, déterminé à faire de la photographie un médium pertinent et profond.

Jérémie Monnier 

Normand et ayant grandi en zone rurale, Jérémie Monnier était un jeune curieux, qui aimait se plonger dans les histoires aventureuses de chaque livre et film qu’il découvrait. ll réalise ses premières expériences de photographie autour de la nature morte, lui permettant d’avoir une grande liberté sur l’histoire et sa technique. Teenage Portraits documente les adolescents du collège Évariste Galois de Breteuil-sur-Iton, un petit village isolé de Normandie. À partir de portraits minimalistes, il crée un moment dans lequel les jeunes, presque toujours en bande, sont isolés, afin de révéler leur personnalité et leurs traits de caractère. Entre vulnérabilité et regards soutenus, les jeunes retranscrivent par leur expression faciale une certaine mise à l’écart de la société, du fait de leur précarité financière. Ces portraits pesants, voire intimidants, mettent en lumière le silence derrière ce système discriminatoire. 

Karen Faurie 

La photographe Karen Faurie, installée à Paris, fait vibrer ses photos grâce aux couleurs douces de son esthétisme légèrement mystérieux. Ses narrations, toujours très féminines et authentiques, oscillent entre portraits et natures mortes. 

Common Beauty, traduit en français par « Beauté commune » a été imaginé comme une histoire intime et portée sur la poésie du quotidien. Les plans serrés nous invitent à apprécier la beauté dans chaque petit détail insignifiant. Karen Faurie crée une ode à la contemplation et à l’autosuffisance, qui consiste à apprécier ce que nous avons déjà en possession, que ce soit notre corps ou les éléments du quotidien qui nous entourent. Emportée par la spontanéité, Karen Faurie laisse libre cours à ses intuitions, d’un geste assumé et imparfait. 

Cassandre Lafon

Cassandre Lafon est une photographe exerçant à Paris. Touchée par l’authenticité des vidéos de famille tournées par sa mère, Cassandre nourrit ses projets cinématographiques à partir du quotidien. La Chapelle est une série de 50 photos argentiques réalisées entre 2023 et 2025 sur un quai de métro. En documentant les instants fugaces de ces individus plaqués contre la vitre du métro, Cassandre nous invite à adopter un nouveau regard sur le corps. Une certaine poésie se dégage de ces portraits, apparaissant comme des mises en scène. D’une main à des mèches de cheveux, les petits détails singuliers de chaque individu participent au projet collectif construit sur l’identité. 

Maud Rallière 

Maud Rallière est une photographe et réalisatrice française, née en 1998. Aujourd’hui, sa photographie explore le médium du corps, par l’exploitation des sens et d’une sensibilité brute. Entre textures lisses et jeux de lumière très contrastés, les compositions éditoriales de Maud développent une esthétique brute et sensible. La série L’Inconfort du beau met en exergue des images brutes qui nous incitent à la réflexion. Les corps à vif, l’attention portée sur la texture et la lumière radicale, traduisent une volonté de fuir une beauté parfaite. L’élégance du noir et blanc contrebalance avec les images obscènes afin de faire pivoter la beauté plastique vers un principe plus sous-entendu relatif aux ressentis. Chaque habitude relative à la beauté fait naître un processus inconfortable, car en rupture avec le résultat lui-même. 

Sarfo Emmanuel Annor

Sarfo Emmanuel Annor est un artiste visuel ghanéen, qui s’aide de la couleur pour proposer des récits imaginaires. Il collectionne des images vibrantes de la jeunesse locale, représentant alors une toute autre beauté de la culture africaine. Le dialogue qu’il entreprend avec un public mondial repose sur une nouvelle représentation de l’Afrique à travers l’art. 

Youthful Spirits parle de résilience face aux défis auxquels les jeunes de Koforidua sont condamnés. La maîtrise des couleurs vives et des contrastes envoûtent notre regard. L’adolescence et la jeunesse sont au centre du propos, des visages dissimulés et des cordes liées et nouées sont la métaphore d’un thème universel porté sur la vulnérabilité des enfants et adolescents par rapport à leur avenir et celui du collectif. Le moment charnière de la jeunesse figure en réalité comme une lutte contre les pressions et barrières sociales. 

À travers ces univers variés, le Prix Picto met en lumière une photographie contemporaine portée par l’introspection, la sensibilité et l’expérimentation visuelle. Les artistes témoignent d’une volonté commune : utiliser l’image comme un moyen de raconter le réel autrement. Entre poésie et engagement esthétique, leurs travaux révèlent une génération de photographes attentive aux détails. 

Des experiences et une culture qui nous définissent

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