« Remember Me » – L’exposition qui célèbre le bicentenaire de la photographie  

© Raymond Depardon, Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Aude, 2005

Présentée à la Bourse de Commerce, l’exposition « Remember Me », dont le titre fait écho à l’œuvre éponyme de Barbara Kruger, propose un parcours libre à travers deux siècles d’images, autour des notions de regard, de mémoire et de disparition. 

© Dora Maar, Les années vous guettent, 1936

La Bourse de commerce accueille à partir du 7 octobre 2026 une exposition pensée sans chronologie définie, retraçant l’histoire et les évolutions de la photographie à l’occasion du bicentenaire. Un grand nombre de correspondances entre des images, prises indépendamment, apparaissent à travers ce médium. Décrite comme une fugue, cette exposition disperse des fragments d’histoire capturés à travers des regards et des esthétiques singuliers. Remember Me est le nom de l’œuvre énigmatique de Barbara Kruger, qui représente un œil superposé à la texture d’une peau sur laquelle est inscrite « Remember Me ». La photographie peut être envisagée comme un moyen de capturer un instant vivant pour le conserver dans la mémoire.    

© Eileen Quinlan, Shut-in Set (Oh Sister), 2023

Le caractère éclectique de cette exposition s’articule autour de plusieurs notions. Comment oublier un regard, ou la nostalgie d’un moment spécial lorsque nous sommes confrontés à l’impermanence ? Ces trois idées s’articulent autour de la notion de mémoire.   

L’exposition s’ouvre sur un regard, mais pas n’importe lequel. L’œil et le texte au centre de l’œuvre Remember Me de Barbara Kruger interpellent et questionnent. Quel pouvoir ont les mots sur une image ? Face à une photographie, nous sommes libres de nos propres interprétations : la composition et le contexte nous suggèrent de manière implicite un message. Dépourvue de texte, l’image produite par son auteur porte cependant une vérité. Barbara Kruger considère son travail comme un moyen d’afficher ses convictions et de dénoncer les diktats ancrés dans nos réalités. En 1987, elle crée sur une image en noir et blanc le message percutant « I shop therefore I am » (« Je consomme, donc je suis »), inspiré de la célèbre formule de René Descartes « Je pense, donc je suis ». Elle s’intéresse au regard que nous portons sur nos actions et l’environnement qui nous entoure. Le regard, une action quotidienne dont l’exposition cherche à révéler les nuances, présentant à travers les époques des portraits allant de ceux d’inconnus à ceux de personnalités iconiques dont le coup d’œil peut être méfiant, absent, dissuasif, perdu ou nostalgique. Rendant hommage au médium photographique sur plus de 200 ans, depuis ses premières tentatives jusqu’à ses expressions les plus contemporaines, Matthieu Humery, conseiller en photographie et commissaire de l’exposition, met en perspective une question : comment les sujets regardent la caméra ?  

© Annie Leibovitz, Andy Warhol, New York City, 1976, 1976

La mémoire est inévitablement traversée par la nostalgie. Un phénomène qui fait appel à nos souvenirs les plus intimes par une mécanique commune : regarder de vieilles photographies. Pour ce faire, l’exposition met en avant les images les plus captivantes des photographes Irving Penn et Raymond Depardon. L’un photographie les plus beaux mannequins portant les collections de défunts créateurs, tandis que l’autre parcourt la France à la recherche du charme des rues, des commerces et des petites communes évanescentes qui constituent le tissu rural français. À l’aide de sa chambre photographique, Depardon souhaite raviver les souvenirs et préserver la mémoire face au caractère inéluctablement éphémère de la vie. Quant à Irving Penn, il travaille selon une technique totalement différente : depuis son studio, il construit chaque image avec une grande précision, en accordant une importance particulière à la composition, créant une sorte de seconde réalité. L’exposition aborde cette fine nuance en distinguant deux pratiques : « la fabrication d’une image » et « l’art de la composition ». La première nuance permet de comprendre qu’une seule image peut porter plusieurs significations, tandis que la deuxième nuance illustre qu’à partir de l’image peut naître une technique d’art. C’est le cas de l’œuvre Pool below the Strid, Bolton Abbey de Roger Fenton, cliché pris en 1854. La présence des deux hommes au bord de la rivière résulte d’un choix réfléchi du photographe. Cette initiative s’inscrit dans une conception du paysage inspirée de la peinture, notamment de William Turner, dont les paysages ont notamment influencé la représentation de la nature chez Fenton.   

© John Edmonds, Tête d’Homme, 2018

Le concept de la vie est construit sur un principe fondamental, dont l’idée est que les identités qui la composent se transforment à chaque instant. La photographie apparaît dans ce cas précis comme l’objet qui fournit un témoignage sur une chose révolue. Au cours de cette exposition, l’image est la preuve d’une révolution, comme celle d’Annie Leibovitz qui photographie en 1991 Demi Moore enceinte et nue pour la couverture de Vanity Fair. Polémique à l’époque, ce cliché devenu emblématique témoigne aussi de l’évolution de la représentation de la grossesse dans les médias. L’image est également la preuve d’une transformation et notamment de celle du corps. Meret Oppenheim révèle une autre représentation de l’apparence par le biais de la photographie, réalisant un autoportrait aux rayons X qui fait apparaître une réalité invisible à l’œil nu. Enfin, l’image est la preuve d’une disparition, celle d’un sujet quelques instants après avoir été capturé par la caméra ou celle d’un photographe et ce qu’il en reste. Annie Leibovitz a ainsi pris le dernier portrait de John Lennon, posant avec Yoko Ono en position fœtale, quelques heures avant son assassinat. La Collection Pinault clôt cette exposition par l’ultime travail de Man Ray, Ma dernière photographie, qui n’est en réalité pas une photographie, mais une peinture noire sur un carton. Une œuvre abstraite qui illustre la manière dont l’exposition élargit la réflexion sur les frontières du médium photographique.     

© Peter Hujar, David Wojnarowicz, 1981

Près de 700 œuvres nous permettent de comprendre à quel point les plus de 70 artistes présentés sont impliqués dans l’évolution de la photographie. La Collection Pinault rend hommage au bicentenaire de la photographie en célébrant une pratique multiple et libre qui permet de conserver la trace d’instants fugaces de la vie. On capture dans un premier temps les regards, qui offrent bien plus que des émotions, mais aussi une intention et un contexte. Développée comme outil artistique, elle réunit des pratiques très diverses : certaines documentent le réel, tandis que d’autres construisent des images et inventent des récits. Au-delà de la simplification de cette expérience en deux idées distinctes, d’autres artistes soulèvent des questions plus philosophiques. La photographie comme preuve d’une transformation, d’une révolution ou d’une disparition. La caméra est plus qu’un accessoire qui met en lumière une certaine esthétique, révélant les dimensions invisibles de la vie et donnant à voir une réalité parallèle.    

© Erwin Blumenfeld, Rex Harrison and Lilli Palmer superimposted on the eyes of a Siamese cat, 1950

« Remember Me »  

Bourse de Commerce  

2, rue de Viarmes, Paris 1er  

Dès le 7 octobre 2026 

pinaultcollection.com 

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