Richard Avedon, le visage mis à nu

Jusqu’au 9 août, le Musée des beaux-arts de Montréal présente « Richard Avedon : Immortel. Portraits du temps qui passe, 1951-2004 », première canadienne consacrée au photographe américain (1923-2004). Près d’une centaine de portraits, réalisés entre 1951 et 2004, y composent un sujet qu’Avedon n’a jamais quitté du regard : le vieillissement.

L’idée organisatrice de l’exposition tient en peu de mots. Plutôt que de retracer la carrière d’Avedon dans son ensemble : de Harper’s Bazaar à Vogue, en passant par ses campagnes publicitaires pour Calvin Klein ou Revlon, le Musée des beaux-arts de Montréal et l’Image Centre de la Toronto Metropolitan University, coorganisateurs du projet, isolent un fil qui traverse toute son œuvre : la manière dont il a photographié des corps et des visages marqués par les années, sans les corriger. Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef du MBAM, rappelle qu’aucune exposition ne s’était encore penchée spécifiquement sur cet aspect de son travail.

Le choix va à contre-courant de ce qu’on attendait, dans les années 1950, d’un photographe de mode. La retouche qui unifiait la peau, les éclairages qui gomment les rides : Avedon s’en écarte volontairement, et souligne au contraire ce qu’il appelait « l’avalanche du temps ». Le fond blanc, presque toujours le même d’un portrait à l’autre, dépouille l’image de tout décor et concentre l’attention sur le visage seul, un dispositif que la critique du Devoir a décrit comme un mélange de chaleur et de froideur maîtrisée, la lumière s’y répandant jusqu’à l’éblouissement dans un cadre bordé de noir.

L’exposition réunit des figures reconnaissables : Samuel Beckett, Toni Morrison, Truman Capote, Duke Ellington, Patti Smith, Jorge Luis Borges, Jean Renoir — aux côtés de personnes anonymes, sans distinction de statut dans l’accrochage. Le geste a quelque chose d’égalisateur : icônes et inconnus y affrontent la même épreuve face à l’objectif.

Le moment le plus âpre du parcours reste la série « Jacob Israel Avedon », réalisée entre 1969 et 1973 et montrée pour la première fois au MoMA en 1974. Neuf portraits y suivent le déclin du père du photographe, emporté par un cancer, jusqu’à quelques jours avant sa mort. La série avait divisé la critique à l’époque, certains lui reprochant un caractère jugé intrusif ; elle est aujourd’hui présentée comme le sommet de l’exposition montréalaise, celui où le regard devient franchement inconfortable.

Le catalogue qui accompagne l’exposition, publié par Phaidon en français et en anglais sous la direction de Paul Roth, directeur de l’Image Centre et commissaire de l’exposition, reprend près de cent portraits et comprend des essais de Vince Aletti et Adam Gopnik, tous deux proches d’Avedon de son vivant. Gopnik, chroniqueur au New Yorker depuis 1986, viendra en discuter au Musée le 4 mars.

Autour de l’exposition, le MBAM propose une rencontre d’ouverture entre Paul Roth et Mary-Dailey Desmarais (11 février) et deux projections de « Funny Face » de Stanley Donen, comédie musicale de 1957 librement inspirée de la vie d’Avedon jeune photographe chez Harper’s Bazaar (13 et 14 février).

Après Montréal, l’exposition partira pour l’Image Centre de la Toronto Metropolitan University en septembre 2026.

« Richard Avedon : Immortel. Portraits du temps qui passe, 1951-2004 »

Musée des beaux-arts de Montréal

1380 Rue Sherbrooke O, Montréal, Canada

mbam.qc.ca/fr

@mbamtl

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