Pionnier de l’art cinétique et figure majeure de l’abstraction du XXe siècle, Yaacov Agam s’est éteint le 21 juin à l’âge de 98 ans. Né à Rishon LeZion, il a révolutionné le rapport entre l’œuvre et le spectateur en faisant du mouvement, du temps et de la perception les fondements de sa création.

Le monde de l’art perd l’une de ses figures les plus singulières. Yaacov Agam, pionnier de l’art cinétique et maître incontesté de l’œuvre en mouvement, est décédé le 21 juin 2026 à l’âge de 98 ans. Figure majeure de l’abstraction de la seconde moitié du XXe siècle, il laisse derrière lui une œuvre qui a profondément transformé notre manière de regarder l’art en faisant du spectateur un acteur essentiel de l’expérience esthétique.
Né Yaacov Gibstein en 1928 à Rishon LeZion, aujourd’hui en Israël, Yaacov Agam grandit dans une famille profondément imprégnée de tradition juive. Son père, rabbin et kabbaliste, exerce sur lui une influence déterminante qui nourrira toute sa réflexion sur le temps, la transformation et la multiplicité des points de vue. Après des études à l’Académie Bezalel de Jérusalem, il poursuit sa formation à Zurich auprès de Johannes Itten, ancien maître du Bauhaus, avant de s’installer à Paris en 1951. C’est dans la capitale française qu’il développe le langage visuel qui fera sa renommée internationale.


À une époque où la peinture demeure largement associée à l’idée d’une image fixe, Agam propose une révolution conceptuelle. Pour lui, une œuvre ne doit jamais être perçue de manière unique ou définitive. Elle évolue selon le déplacement du regardeur, selon la lumière ou selon le temps. L’artiste rejette l’idée d’une vérité visuelle figée et introduit ce qu’il appelle la « quatrième dimension » : celle du mouvement et de la perception. Ses créations se métamorphosent au fil du regard, transformant l’expérience esthétique en un processus vivant.
Cette vision novatrice le place au premier rang des fondateurs de l’art cinétique. Dès 1955, sa participation à l’exposition historique Le Mouvement, organisée à la galerie Denise René à Paris, l’inscrit parmi les artistes les plus innovants de son époque. Aux côtés de Victor Vasarely ou Jesús Rafael Soto, il contribue à ouvrir la voie à un art fondé sur l’interaction et la participation du public.
Parmi ses créations les plus emblématiques figure Double Métamorphose III, conservée au Centre Pompidou. Cette œuvre composée de surfaces colorées et de structures modulaires change d’apparence selon la position du spectateur. Elle résume parfaitement la pensée d’Agam : l’œuvre n’est jamais définitive, elle se construit dans la relation avec celui qui la regarde.

1972 – 1974
Parmi les réalisations les plus spectaculaires de sa carrière figure également le Salon Agam, conçu entre 1972 et 1974 à la demande du président Georges Pompidou pour l’antichambre de ses appartements privés au palais de l’Élysée. Pensé comme une œuvre totale, l’espace associe panneaux colorés, murs cinétiques, éclairages et éléments sculpturaux dans une composition immersive où chaque déplacement modifie la perception de l’ensemble. Véritable synthèse de sa pensée artistique, le Salon Agam transforme une pièce en expérience visuelle en perpétuelle métamorphose. Aujourd’hui conservée au Centre Pompidou, cette installation demeure l’une des réalisations les plus remarquables de l’artiste.
Son travail s’est aussi déployé dans l’espace public à une échelle monumentale. À Paris, la fontaine monumentale de La Défense, inaugurée en 1975, demeure l’une des œuvres les plus emblématiques du quartier d’affaires. Jeux d’eau, couleurs et formes géométriques y composent une œuvre en perpétuelle transformation. À Tel-Aviv, la spectaculaire Fontaine du Feu et de l’Eau de la place Dizengoff associe mouvements mécaniques, jets d’eau, lumière et flammes dans une chorégraphie monumentale qui synthétise l’ensemble de sa démarche artistique.


Au-delà de ses réalisations les plus célèbres, Agam a constamment cherché à abolir les frontières entre peinture, sculpture, architecture et environnement urbain. Ses œuvres investissent l’espace et sollicitent la participation active du public. Cette approche préfigure de nombreuses pratiques contemporaines fondées sur l’immersion et l’interaction.
Exposé dans les plus grandes institutions internationales, du Centre Pompidou au Guggenheim Museum en passant par le Museum of Modern Art de New York, Yaacov Agam a exercé une influence durable sur plusieurs générations d’artistes. Son héritage dépasse largement le cadre de l’art cinétique et continue d’inspirer les créateurs qui explorent les notions de mouvement, de perception et de participation.
Avec sa disparition, c’est l’un des derniers grands pionniers de l’avant-garde d’après-guerre qui s’éteint. Pourtant, son œuvre demeure d’une étonnante actualité. Dans un monde marqué par les expériences immersives, les environnements interactifs et les technologies numériques, sa conviction fondamentale résonne plus que jamais : l’art n’existe pleinement que lorsqu’il est mis en mouvement par le regard de celui qui le découvre.

Informations pratiques
Yaacov Agam (1928-2026)
Artiste israélien, pionnier de l’art cinétique et de l’Op Art.
Œuvres majeures : Double Métamorphose III, le Salon Agam (Centre Pompidou), la fontaine monumentale de La Défense à Paris, la Fontaine du Feu et de l’Eau à Tel-Aviv et les Agamographes.
Décès : 21 juin 2026, à l’âge de 98 ans.









