
Depuis quelques années, Bruxelles s’affirme comme l’une des capitales européennes où le design s’émancipe des codes établis, adoptant une approche plus libre et décomplexée que dans d’autres grandes métropoles.

À l’origine de ce positionnement, un écosystème foisonnant, porté par une nouvelle génération de créateurs et de lieux hybrides. Mais qu’est-ce qui nourrit réellement ce décalage créatif ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons arpenté les rues de la capitale belge, à la rencontre de celles et ceux qui façonnent cette scène en pleine effervescence. Un dynamisme qui dépasse les ateliers pour s’inviter jusque dans les lieux de vie, où le design dialogue désormais avec l’art de vivre.
Zaventem Ateliers, pionnier d’un design libéré
La capitale belge voit émerger un nombre croissant d’ateliers, parmi lesquels Zaventem Atelierss’impose comme une référence. Fondé en 2019 par le designer et architecte d’intérieur Lionel Jadot, ce lieu hybride rassemble une nouvelle génération de designers. Plus qu’un simple espace de création, il fonctionne comme un véritable laboratoire, précurseur d’un design affranchi qui bouscule les codes établis. Comme l’explique le fondateur : « Depuis sa création, Zaventem Ateliers a pour mission d’être un accélérateur, un amplificateur de talents. Et au sein de mon studio, j’essaie systématiquement d’intégrer ces créateurs dans mes projets, justement pour nourrir cette dynamique et lui donner de l’ampleur. »
La preuve avec le Mix Bruxelles, installé dans l’ancien bâtiment emblématique de la Royale Belge, aujourd’hui transformé en lieu de vie composé d’un hôtel, d’espaces de coworking et d’une salle de sport. Lionel Jadot en signe l’architecture intérieure avec une particularité notable : l’ensemble du mobilier et des œuvres a été réalisé par la cinquantaine d’artistes et de designers de Zaventem Ateliers. Parmi ces créations, les suspensions en fil d’argent de l’artiste textile Adeline Halot semblent flotter au-dessus des tables de la brasserie bistronomique Timber, tandis que le desk du lobby, en laiton et signé Maison Jonckers, s’impose avec majesté. Un véritable « casting », comme le revendique Lionel Jadot, à l’origine d’un concept pour le moins commun, le « Realistic Circle » : une approche du design engagée, qui privilégie des acteurs belges et le circuit court, sans intermédiaires, favorisant liberté de création et juste rémunération.
Lionel Jadot imagine le projet comme un film choral, où chaque designer est maître de l’histoire qu’il raconte à travers ses pièces : « Je pense que le chaos génère une énergie vraie, justement parce qu’il n’est pas calculé. Il ne cherche pas à suivre une tendance ni à plaire à tout prix. Dans ce projet, j’ai voulu que chaque designer se fasse plaisir, qu’il raconte sa propre histoire en même temps que celle du lieu. » Résultat : les 20 000 mètres carrés du Mix sont entièrement habités par des pièces de design de collection, composant un ensemble à l’image de l’énergie collective qui l’a fait naître.



Lignes épurées, saveurs maîtrisées
Retour à Etterbeek, commune voisine de Bruxelles, pour une pause-café chez Seven Cinquantenaire. À l’intérieur, le studio Études signe une décoration résolument minimaliste qui invite à s’attarder. Certains y travaillent sur leur ordinateur, tandis que d’autres s’y arrêtent en sortant de leur séance chez Animo, la salle de sport voisine. Parmi les pièces de mobilier sélectionnées, les tables signées KØGE Design, dont l’atelier est installé à quelques rues de là, dans le quartier de Saint-Gilles. Le studio fondé par Hadrien Bindels, accompagné de son frère Nicolas, défend une approche ancrée dans la durabilité, privilégiant des matériaux comme l’inox et le chêne massif : « Nous aimons laisser parler la matière, sans trop en faire. Ces deux matériaux sont honnêtes, ils apportent du caractère tout en restant neutres. » Dernière réalisation en date : la Boxing Ring Lamp 081, développée en collaboration avec l’architecte bruxellois Matthieu Doucet. Sa signature ? Des cordons en silicone qui ceinturent un abat-jour en papier japonais, à la manière d’un ring de boxe.


Un peu plus loin, la cave à manger Badi vient parfaire notre parcours. Un dernier arrêt qui ravit autant les yeux par sa décoration soignée que le palais grâce à des mets orchestrés par le chef Maxime Bourdigal, passé notamment par les cuisines de Bertrand Larcher. En salle, c’est son acolyte Victoria Merret qui mène la danse. À la carte, une sélection de petites assiettes à partager : risotto à la chair à saucisse et parmesan, crabe accompagné d’un beurre blanc au vin jaune et de pommes rissolées, ou encore un brillat-savarin sublimé par un kumquat confit. Si la technicité est évidente, c’est surtout dans la précision des saveurs que les assiettes trouvent leur véritable intérêt. L’ensemble s’accompagne d’une carte des vins pointue, enrichie d’une belle sélection de cidres, qui prolonge l’expérience avec cohérence.




Bruxelles, une capitale qui se vit avant de se regarder.








